jeudi 12 décembre 2013

Horizons - Episode 10 revisité


« Dans la pénombre, je longe silencieusement le mur, un lance-grenade dans mes mains, prêt à servir. Mes semelles crissent légèrement sur les éclats de verres qui jonchent le sol. Ma rapière se balance contre ma hanche. J’ai le souffle court. Le cœur qui bat à cent à l’heure. Arrivée au bout du couloir, je lève le poing gauche et leur fait signe de rester derrière. Ils s’arrêtent et retiennent leur respiration. À pas feutrés, je m’approche de la double porte dont il ne reste que les gongs. Mes mains tremblent sur la gâchette de mon arme, mais je dois assumer mon rôle. Cette fois-ci, c’est à moi d’ouvrir la marche, et il est hors de question que je me défile.


Je retiens mon souffle et passe rapidement la tête dans la grande pièce déserte, avant de me rabattre contre le mur, haletante. Rien à droite. À quelques mètres, je distingue la masse noire de mon groupe. Un pouce se lève dans ma direction. Je hoche la tête et jette à nouveau un rapide coup d’œil dans la pièce. Rien à gauche non plus. La pression se relâche un peu sur mes épaules et j’expire lentement pour me calmer. D’un geste, je leur fais comprendre qu’il n’y a personne, et que nous allons pouvoir reprendre notre progression.

Nous traversons la pièce en évitant de marcher sur les débris qui encombrent le passage. Seuls, le froissement de nos vêtements et le chuintement de nos chaussures sur les dalles de béton troublent le silence de mort qui règne parmi nous. Nous coupons ainsi à travers le bâtiment en ruine, sans encombre. Une fois dehors, ma respiration s’accélère à nouveau et je recommence à trembler. La ruelle est étroite et se termine en cul-de-sac d’un côté. Pas le choix, nous allons devoir sortir à découvert. Au croisement, je lève une nouvelle fois mon poing pour les faire patienter, le temps que je vérifie si la voie est dégagée. Je me colle contre la brique rouge et me laisse glisser le long du mur pour m’accroupir en maintenant ma rapière dans une main. La nervosité me gagne et je me frotte les tempes pour m’éclaircir les idées. Ce n’est pas le moment de paniquer ! Avec prudence, je risque un œil vers la droite. L’avenue semble dégagée. Je tourne la tête et balaye les environs. Rien à signa… Une escouade du PPNG est postée derrière une barricade, à environ cent mètres, et l’un des soldats me fixe d’un regard noir. Merde, merde, merde ! Il faut que je réagisse !

- On est grillé !

Tout en hurlant pour me donner du courage, je me relève et tire une grenade dans leur direction. Je rate mon objectif de peu, mais la détonation nous donnera un peu de temps. Les autres me dépassent et s’enfuient en courant. Quelques voix s’élèvent, dans l’espoir d’organiser notre fuite vers le point de ralliement, que nous avions défini un peu plus tôt dans la journée, en cas de pépin. Suivant le mouvement de foule, j’accroche le lance-grenade à ma ceinture et m’élance à mon tour. Remis de leur surprise, les soldats du PPNG se ruent à notre poursuite, tirant quelques coups de feu dans notre direction. C’est le chaos. L’avenue est parsemée d’obstacles. Ça saute et ça tire dans tous les sens.

Poussée par une fulgurante montée d’adrénaline, je rattrape le groupe et le dépasse. C’est à moi de passer devant pour leur trouver un chemin. Je dois les sortir de là. Les protéger. C’est ma tâche. Je cours à perdre haleine et m’engage dans une rue pour enfoncer la première porte venue. En me retournant pour faire signe aux autres d’entrer, je constate que je suis seule. Personne ne m’a suivie. Paniquée, je reviens sur mes pas. Mes compagnons me passent sous le nez, sans me voir. Une vingtaine de soldat à leur trousse. Bordel, ça ne sent pas bon pour nous. Je dois faire diversion pour leur laisser le temps de fuir.

La panique fait place à la détermination. Je n’aurais pas le droit à l’erreur. J’arme mon lance-grenade et j’attends que l’ennemi me dépasse pour les suivre sans me faire repérer. Puis j’emprunte une rue parallèle au grand boulevard, et, une fois sûre de me retrouver entre ceux que je dois protéger et l’escouade du PPNG, je jaillis, quelques mètres devant eux, tirant une première grenade dans leur direction. L’explosion est assourdissante et le souffle chaud me projette au sol. Des cris me parviennent de l’autre côté du nuage de poussière qui assombrit l’avenue. De rage ou de douleur, je ne saurais dire. J’espère en avoir eu quelques-uns.

Je me relève, encore abasourdie, et regarde autour de moi. Les particules de poussière me piquent les yeux et me grattent la gorge. Le sol tangue dangereusement sous mes pieds. Parmi les débris, je crois reconnaître des morceaux de chair sanguinolente. Je frissonne de dégoût, malgré le sentiment de victoire qui m’étreint la poitrine.

Les autres ont pris de l’avance. Si je fais ce qu’il faut, ils s’en sortiront. Quinze hommes émergent du nuage noir, toussant et jurant. La partie n’est pas encore terminée. J’attache mon foulard derrière la nuque, afin de me me protéger le nez et la bouche, avant de me remettre à courir. Au loin, j’aperçois mes compagnons qui s’engouffrent sous une arche, pour emprunter une petite ruelle, sur la gauche. Dans ma course, je tire une deuxième grenade pour boucher le passage et couvrir leur fuite.

Je continue tout droit et bifurque à droite dès que je peux. J’ai le souffle court et les jambes lourdes, mais je dois éloigner le PPNG des autres. C’est ma responsabilité, me répété-je pour calmer ma peur. Derrière moi, j’entends les jurons des soldats et leurs bottes battre le sol à un rythme effréné. Vu le boucan qu’ils font, je crois qu’ils sont tous derrière moi. Une bonne chose. Je me retourne pour vérifier ; le premier est à moins de dix mètres et je ne vois que dix soldats. Pourquoi est-ce qu’ils ne tirent pas ? Et, plus inquiétant, où sont passés les autres ? Regardant de nouveau devant moi pour me concentrer sur ma course, je tente désespérément de m’arrêter, mais les bras de cinq hommes se referment sur moi. Ces salopards m’ont contournée pour me couper la route. Putain de merde, je crois que je vais crever. La vie d’un des nôtres, contre la vie d’un des leurs. Un échange de bons procédés. Avec un regain d’énergie, je tente de me débattre. Je frappe, griffe, mord, en vain. Ils finissent par m’agenouiller au sol.

Le chef de l’escouade s’approche de moi et arrache le foulard qui couvrait le bas de mon visage pour m’examiner longuement. Je soutiens son regard, sans ciller. Il est trop tard pour pleurer et supplier. L’homme lève son arme. J’esquisse un rictus de satisfaction : j’aurais au moins eu le mérite d’avoir attiré toute leur attention. La crosse s’abat sur ma tête. »

Voilà une illustration d'Ed enfin terminée, avec la suite de l'histoire !

Dans la foulée, je vous informe que le nouveau site de Badabourg.net est enfin en ligne. Les t-shirt du club sont également arrivés avec le nouveau logo floqué dans le dos, et le résultat est plutôt chouette sur du rouge !
Bientôt vous verrez également ma dernière réalisation de site internet : un site vitrine pour une jeune ostéopathe qui se lance après de longues études.

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