lundi 19 août 2013

Horizons - Episode 7 revisité


Le rideau de fer a été tiré et un feu brûle vivement dans l’un des bidons, projetant des ombres mouvantes sur les murs. L’air reste âcre, malgré que quelques fenêtres aient été ouvertes pour que la fumée puisse s’échapper. Des barils en métal et quelques cagettes traînent ici et là, mais, en-dehors de ces quelques déchets abandonnés, l’endroit a été vidé de tout son contenu. Plus de la moitié des hommes de Tim se sont réunis autour du feu pour profiter de sa chaleur et discuter. Khenzo se tient en retrait, en compagnie de Camélia qui somnole à ses côtés. Mes deux gardes du corps patientent toujours au pied des escaliers, et Tim est adossé à un mur, surveillant tout ce beau monde. Je suppose que le reste du groupe patrouille dans les environs.

Les deux hommes me laissent passer, sans pour autant me quitter du regard. Je me dirige vers le fond, histoire de m’éloigner le plus possible des ondes hostiles. Camélia dort profondément. Elle transpire un peu moins, ce qui signifie sans doute que la fièvre a légèrement diminuée. Khenzo m’adresse un signe de tête en guise de remerciement. Je lui souris discrètement.

Tim choisit ce moment-là pour traverser le hangar d’un pas lourd et se planter devant moi, l’air furieux :

- Ce n’est pas parce que tu as soigné Camélia que tu dois te croire chez toi ici. Alors prend tes affaires et fous le camp !
- Ce n’est pas la gratitude qui t’étouffe toi !
- Ne fais pas ta maligne avec moi !

Le quinquagénaire m’attrape une nouvelle fois par le col de mon manteau et me colle contre le mur avec violence. Je lâche mon sac sous le coup. Un silence de mort accompagne sa chute. Tous les regards sont braqués sur nous à présent. Il colle son avant-bras sous ma gorge et se rapproche de mon visage. Une veine palpite furieusement le long de sa tempe. Si son regard avait été une arme, je crois que je ne serais déjà plus de ce monde. 

- Tu n’es pas la bienvenue ici. Alors, je ne te le dirais pas trois fois, prend tes affaires et barres-toi ! 
- Je ne suis pas là pour…
- J’en ai rien à foutre ! Ferme-la ! Je t’ai dit de te casser !

Tim resserre son étreinte. Khenzo décide d’intervenir pour nous séparer. Son chef rechigne à me lâcher, si bien que le jeune homme est obligé de l’empoigner de force pour l’éloigner. À se demander qui est vraiment le patron ici. Tout le monde semble craindre Tim et respecter ses décisions, sauf Khenzo. Pourquoi un tel traitement de faveur ?

- Tu fais chier Tim. Elle a sauvé la peau de Camélia et c’est comme ça que tu la remercies ?
- J’aime pas cette gonzesse. Elle va nous attirer des ennuis, je le sens, cracha-t-il en pointant un index accusateur dans ma direction.

Lui et moi, on n’est décidément pas fait pour s’entendre.

- Arrête ta paranoïa. Elle restera ici aujourd’hui, si elle le souhaite. La nuit a été rude pour tout le monde. Alors n’en rajoute pas.
- Non… je…
- Arrête, je te dis !

Khenzo repousse Tim vers le feu et lui fait signe de s’asseoir.

- Les Balayeurs ne sont pas encore venus ramasser les cadavres. Tu veux qu’elle se fasse prendre ? Tu veux qu’ils remontent jusqu’à nous ? Jusqu’à eux ?! (Tim baisse la tête). Si tu veux jouer à ça, on va tous y rester. Alors arrête de nous faire chier.
- Tu m’emmerdes, répond son chef d’un ton cassant.
- Je sais.
- Ce n’est pas à toi de prendre ce genre de décision.
- Certes.

Tim et Khenzo continuent de se disputer quelques minutes pour statuer sur mon sort. Les autres se tiennent à bonne distance des deux hommes, attendant qu’ils prennent une décision. Au premier abord, il me semblait que c’était l’aîné du groupe qui dirigeait tout ce beau monde, mais après ce que je viens de voir, la question se pose. Tim finit par rendre les armes, s’inclinant devant les nombreux arguments de son cadet. Vexé, il se laisse choir sur une cagette.

- Tu sais gamin, mon flair me trompe rarement, conclue-t-il en posant son index sur son nez. Cette fille ne nous apportera rien de bon, je le sais.
- On en reparlera quand tu te seras reposé. Tu auras peut-être les idées plus claires.

C’est presque comique de voir le doyen du groupe se faire rabrouer de la sorte, et je me retiens de ne pas esquisser un sourire. Son regard de braise m’en dissuade et, les bras croisés sur sa poitrine, il continue de fulminer à voix basse.

Khenzo se passe une main dans les cheveux d’un air désabusé, puis revient vers moi. Je n’ai pas bougé, attendant de voir comment les choses allaient tourner. Il s’arrête à mon niveau et me dévisage quelques minutes en silence.

Je finis par prendre la parole :
- Ecoute, j’ai mieux à faire que de m’embrouiller avec un vieillard, alors je vais ramasser mon sac et m’en aller. Ce sera plus simple comme ça.
- Non, je ne pense pas. Les Balayeurs devraient être sur place dans moins d’un quart d’heure. Ça ne te laissera pas assez de temps pour partir d’ici.
- J’en ai vu d’autres, ne t’en fais pas. Je saurais les gérer et les détourner de cet endroit, affirmé-je avec aplomb.
- Il est hors de question de courir ce risque, déclare-t-il d'un ton tranchant. Et puis vu ta tête, une journée de sommeil ne te ferait pas de mal. Ici tu ne risqueras rien, je te le promets.

Je jette un coup d’œil à Tim qui nous épie derrière son air renfrogné. Sans risque, vraiment ?

- Il ne faut pas lui en vouloir, reprend Khenzo qui a suivi mon regard. Tim est un bon chef d’escouade, mais ces derniers jours ont été un peu éprouvant.
- Sans doute.

Ma tête roule en arrière et je me laisse glisser contre le mur pour m’asseoir. Il a raison. Je ne peux pas refuser son offre ; je suis trop fatiguée pour cracher sur quelques heures de sommeil. Les Balayeurs n’excellent pas dans l’art du combat, mais, vu mon état, je risque de ne pas réussir à tenir tête face à une de leurs unités. D’autant plus qu’avec vingt cadavres à ramasser, ça va en faire du monde dans le coin. Je n’ai pas souvent l’occasion de pouvoir souffler de cette manière, autant profiter de celle-là.

Je pose mon front sur mes genoux et passe mes mains dans les cheveux. Ils sont encore humides le long de ma nuque. Je frissonne. La fatigue accumulée me rattrape au galop. Il n’y pas si longtemps que ça, j’étais encore sur les bancs de l’école, réfléchissant aux différents concours que je voulais tenter. À ce moment-là, ce n’est pas vraiment de cette manière que j’imaginais mon avenir. Non. Putain de vie de merde ! Je soupire et jette un œil en direction de Camélia. Réveillée, la jeune femme s’est redressée sur la paillasse et me regarde avec curiosité, les yeux encore rouge de fièvre.

- Comment tu t’appelles ? demande-t-elle, doucement, pour ne pas attiser davantage la colère de Tim.
- Xalyah. Comment te sens-tu ?
- Ça… ça va… Merci. 
- Ne me remercie pas. Tu en aurais fait autant à ma place.

Elle lève un sourcil perplexe. Je ne sais pas comment je dois prendre cette réaction. Khenzo, qui s’était éclipsé, s’agenouille devant Camélia, un thermos en inox dans une main et une pile de timbales en fer dans l’autre.

- Tu veux un peu de café ?
- Je veux bien, lui répond sa compagne.

Il l’aide à s’asseoir et lui sert une tasse d’un liquide noir, bouillant. La jeune femme croise les jambes et tourne la tête vers le corps inerte du défunt Samuel. Ses mains tremblent et ses épaules se crispent sous les sanglots silencieux qui l’étreignent. Je lui aurais bien dit de se rallonger et de rester tranquille, mais je ne me sens pas le courage d’interrompre ses pleurs.

Après avoir fait le tour de ses compagnons – y compris Tim qui boude toujours – Khenzo s’arrête à ma hauteur pour me tendre sa dernière timbale.

- Tu n’en veux pas ?
- J’aurais l’occasion d’en boire plus tard. Prend-la, insiste-t-il en me la mettant de force dans les mains.
- Merci.

Il hoche la tête et s’assoit à son tour à mes côtés. Son regard s’attarde un instant sur Camélia qui pleure toujours en silence. Sa mâchoire se contracte et ses traits se durcissent. Il semble absorbé par d’intenses réflexions que je n’ose pas troubler. Rien de ce que je pourrai dire ne leur ramènera leur camarade. 

- J’espère que tu ne lui en tiendras pas trop rigueur, finit-il par dire. Il a été un peu brutal, mais comme tu as pu l’entendre, nous avons perdu trois des nôtres récemment. Je pense que tout ça le touche plus qu’il ne veut l’avouer.
- Trois ? Mais il n’y a qu’un…
- Un affrontement avec une patrouille du PPNG qui a mal tourné, il y a quelques jours, me coupe-t-il d’un air sombre. Ils sont de plus en plus nombreux dans le secteur. Nous avons réussi à nous replier, mais Dan et Julie y sont restés.
- J’en suis désolée…

Le silence retombe entre nous. Malgré tout, Khenzo ne semble pas disposer à me fausser compagnie. Près du feu, sous l’ordre de Tim, deux personnes se lèvent, puis sortent du hangar par une porte dérobée vers le fond de la grande pièce. Je suppose qu’ils vont entamer leur quart pour surveiller la zone et s’assurer que les Balayeurs ne viennent pas trop fouiner par ici. S’il n’y avait pas ce corps criblé de balles à quelques mètres, le calme apparent et le crépitement des flammes contre les parois rouillées du baril me rappelleraient presque des temps meilleurs. Je ferme les yeux quelques instants.

Aller, c'est parti pour un nouveau personnage !

vendredi 16 août 2013

Horizons - Episode 6 revisité


J’emboîte le pas à Khenzo, qui m’emmène vers le fond du hangar. Un homme est allongé, les bras le long du corps, la poitrine criblée de balles. Son visage est couvert par son foulard, masquant ses traits et sa chevelure. Non loin de lui, une jeune femme aux cheveux blonds, parsemés de mèches turquoise, est adossée au mur sur une paillasse, le côté gauche entièrement recouvert de sang. Son t-shirt a été découpé au niveau de l’épaule et un bandage sommaire, réalisé à l’aide de bandes de tissu déchirées, essaye de contenir le liquide rougeâtre qui s’écoule de la plaie. À ce rythme, elle est condamnée si on ne fait rien. Dans la pénombre, je m’agenouille près d’elle. Ses traits sont livides, ses yeux, rivés sur le cadavre, emplis d’une profonde tristesse. Elle souffre en silence, essayant de se concentrer sur sa respiration pour calmer son angoisse. Une odeur de fer et de sueur m’agresse les narines. Je déglutis et tente de rester impassible.

- Qui es-tu ? me demande-t-elle dans un souffle saccadé.
- Garde tes forces. On fera connaissance plus tard.

J’ouvre mon sac et tends une lampe torche à Khenzo pour qu’il me fasse un peu de lumière. Ce dernier prend place de l’autre côté de Camélia, posant une main rassurante sur son front. Dans ma trousse de premiers soins, que je me suis constituée au fil du temps, je prends un flacon et du coton. Avant toute chose, il faut désinfecter la plaie. Je relève les manches de mon manteau avant d’écarter le bandage pour observer la blessure : le sang ne coule pas à gros bouillon, je suppose donc que l’artère principale n’a pas été touchée.

Je me désinfecte les mains, puis, avec soin, je nettoie la chair endommagée, arrachant des grimaces de douleur à la jeune femme. L’écoulement de sang s’est presque tari lorsque Khenzo lève la torche au-dessus de l’orifice. La balle est bien logée au fond, et son extraction ne sera pas facile. Je fouille à nouveau dans ma trousse et sors une pince que je désinfecte à son tour. Camélia s’agite. Son pouls s’accélère et la sueur perle sur ses tempes.

- Tout va bien se passer, lui dis-je d’une voix douce. Compte jusqu’à trente.
- Pardon ?

Malgré la douleur, elle trouve la force de prendre un air surpris.

- Discute pas et compte.

Elle regarde Khenzo, qui hoche la tête.

- Un, deux…

Après une seconde d’hésitation, j’enfonce la pince dans la plaie à la recherche de la balle. Camélia se contracte et laisse échapper un gémissement.

- Ne t’arrête pas de compter ! Allez !
- Trois… qua… quatre… cinq…

Camélia serre la main du jeune homme. Ce dernier me dévisage curieusement. Les mains légèrement tremblantes, je continue de fouiller la plaie, sous le regard inquiet de Khenzo qui m’éclaire au mieux. Le sang se remet à couler, me gênant pour attraper le projectile. La jeune femme serre les dents et accuse la douleur. Je dois me dépêcher. À dix, je manque ma première tentative. Putain de merde. Camélia me regarde d’un air désespéré alors que je triture un peu plus sa blessure.

- Dou… douze… treize… qua…quatorze…

À dix-huit, mes mains cessent de trembler et j’arrive enfin à agripper la balle. Je la retire d’un coup sec. Camélia blêmit et perd connaissance. Tant mieux ; dans les vapes, elle ne souffrira pas. Satisfaite, j’esquisse un sourire discret, puis j’imbibe un linge propre de désinfectant et nettoie la plaie à nouveau. Ensuite, j’attrape une compresse et des bandages pour lui entourer minutieusement l’épaule. Khenzo prend le comprimé que je lui tends.

- Fais lui avaler ça quand elle reprendra connaissance. Elle supportera mieux la douleur et ça fera tomber la fièvre.
- Merci…
- Y’a pas de quoi. Mais il lui faudra de vrais soins, pour être totalement tirée d’affaire.

Khenzo hoche la tête. En me relevant, je m’aperçois que tout le groupe a les yeux rivés sur nous. Certains me regardent avec méfiance, d’autres avec curiosité. Tim, lui, empeste la haine à plein nez. La diplomatie n’a pas l’air de faire partie des qualités de cet homme. C’est peut-être ça qui les maintient tous en vie. Il n’y a pas de place pour ceux qu’il ne choisit pas lui-même, assurant d’une certaine façon la cohésion du groupe. Et j’ai certainement dû lui faire une mauvaise impression en les espionnant tout à l’heure. Ceci dit, à ma place, il aurait agi de même. Et à la sienne, j’en aurais fait autant également…

- Est-ce qu’il y a un endroit où je pourrais me décrasser ?
- Oui, bien sûr, répond Khenzo alors qu’il tire une fine couverture sur Camélia. Tu montes l'escalier que tu vois là-bas et au fond du bureau, il y a une ancienne salle de bain. Il y a de l’eau, mais elle n’est pas potable.

Je traverse le hangar sous le regard attentif de Tim, qui fait signe à deux de ses compagnons de me suivre. L’un d’eux me barre le chemin.

- Tes armes.

Son ton sec ne laisse aucune place à la négociation. Mon regard balaye le hangar, faisant l’inventaire de leur armement. Je ne suis pas en position de force, ici. Je n’ai pas vraiment le choix pour le moment. Il récupère donc mon fusil d’assaut, mon semi-automatique et mes deux couteaux, puis me laisse passer. Je grimpe les marches quatre à quatre, tandis que les deux hommes se postent au pied des escaliers. La pièce est petite et sale, mais on sent qu’elle est souvent occupée. Quelques magazines, datant d’avant la Rupture, jonchent le bureau poussé dans un coin. Il semble qu’on les ait feuilletés récemment, car aucune poussière ne les recouvre. Un cendrier fraîchement rempli repose sur une étagère, et quelques sacs traînent à côté d’une chaise. Je ne prends pas le risque de regarder à l’intérieur, refrénant mon insatiable curiosité. 

Au fond, la salle de bain est aussi lugubre que le bureau. Les carreaux grisâtres sont en partie défoncés et les joints ont pris une couleur noire, dégoulinants de crasse. La douche à l’italienne spacieuse et le receveur semblent en meilleur état que le reste de la pièce, en-dehors de la vitre, rayée et fendue à de nombreux endroits. Mais je ne vais pas m’en plaindre. Même si ce secteur n’est pas encore sous l’emprise de Macrélois, les points d’eau sont difficiles à trouver depuis qu’il a lancé une vaste opération consistant à réduire l’accès à l’eau courante à la population. Avant toute chose, je me dirige vers le lavabo, pour enlever le sang de Camélia qui recouvre mes mains. Puis je remplis mes gourdes vides, en glissant une pastille effervescente dans chacune d’elles. D’ici une heure, l’eau deviendra potable. Je referme le sachet, en me disant qu’il serait grand temps que je me trouve un fournisseur ; il ne m’en reste plus qu’une vingtaine et ça risque de vite devenir problématique.

Une fois la dernière gourde rangée dans mon sac, je me campe devant le miroir. D’une main, je décrasse la surface lisse pour y observer mon reflet. Les paroles de Tim me reviennent en mémoire : « Quel âge as-tu ? Trente ans ? ». J’esquisse un sourire. Ah, s’il savait… C’est vrai que, depuis la Rupture, j’ai vu et vécu bien des choses. Certaines que j’aurais préférées ignorer. En deux ans, j’ai eu le temps de me forger un masque. Sûre de moi. Fière et forte. Impassible aussi. En toute circonstance. Je soupire, lasse de ce quotidien qui me semble sans lendemain. Il y a des jours où le moral est en berne. Aujourd’hui fait partie de ceux-là. Demain, ça ira mieux. La liberté est incompatible avec la faiblesse. Papa et ses proverbes… Mais celui-là, j’y crois dur comme fer.

J’approche un peu plus mon visage du miroir, jusqu’à ce que mon nez touche la surface froide. J’ai les mêmes yeux gris-vert que ma mère. D’après elle, un héritage qui se transmet de mère en fille. Elle aimait dire que les miens étaient les plus beaux de la famille. Sacrée maman. Si fière de sa progéniture. Ça m’agaçait, avant. Mais maintenant, j’aimerais bien entendre à nouveau sa voix douce, faite pour les compliments. Mes cheveux, quant à eux, ressemblent à un grand champ de bataille. Poussiéreux, ils ont pris une teinte blanchâtre. Et mes traits, tirés et creusés par la faim et la fatigue, renforcent un peu plus l’illusion des années supplémentaires. Une bonne douche me redonnera un peu de vitalité.

Avec des gestes lents, je retire mes vêtements et mon bandage, avant de me glisser sous un jet puissant. L’eau est froide et me donne la chair de poule. D’autres souvenirs déplaisants resurgissent, mais je les balaye d’une main, me frictionnant avec énergie. L’eau, grisâtre, s’écoule difficilement par l’évacuation. Il me faut bien vingt minutes pour nettoyer la poussière et la sueur qui me collent à la peau. La plaie sur ma cuisse me tire encore, mais d’ici quelques jours, ça devrait rentrer dans l’ordre. Une fois propre, je me sèche rapidement avec une petite serviette éponge pour passer des vêtements de rechange : un pantalon marron, un t-shirt blanc, et mes fidèles bottines, qui ont partagé toutes mes galères. J’enfile un veston court, puis entreprends de laver mes autres vêtements. Mon short gris a subi quelques accros lors de mes récents exercices d’endurance, qu’il va falloir que je répare. Le reste a l’air en bon état. Après avoir essoré mes habits, j’endosse mon manteau et rassemble mes affaires. J’inspire un grand coup, prête à retourner dans la grande pièce du hangar.

Pendant les vacances, je papillonne. Et j'aime bien.
Je n'ai donc pas avancé sur Horizons, mais sur l'univers de Louve. M'enfin, j'avais encore quelques illustrations en réserve !

vendredi 12 juillet 2013

Horizons - Episode 5 revisité


Sans attendre davantage, il revient sur ses pas en courant et se dirige vers les coups de feu. Mon instinct me dit de le suivre. Ma raison me dit de me détourner et de continuer mon chemin. Ce ne sont pas mes affaires. J’hésite. Si ses amis sont en mauvaise posture, il ne pourra rien faire seul. D’un autre côté, mon combat est ailleurs. Putain de conscience de merde ! Pourquoi faut-il qu’elle m’emmerde maintenant ? Chaque instant est précieux, et j’ai perdu suffisamment de temps avec mes conneries comme ça !

À contrecœur, je m’élance à sa suite, le talonnant de près. De nouvelles détonations brisent le silence. Certaines proviennent de pistolets, d’autres de mitraillettes. Je crois même deviner quelques explosions de grenade dans le lot. Quoiqu’il en soit, l’affrontement semble brutal. Au bout de quelques minutes, le calme revient au-dessus des ruines de béton et de métal. Khenzo accélère le rythme et je l’imite pour rester à sa hauteur. Apparemment, il fait partie des bons coureurs. Jamais je n’aurais pu le distancer.

Je peine à courir et manipuler le détecteur en même temps. De ce que j’en vois, le nombre de points rouges lumineux a diminué de moitié. Je ne sais pas si c’est bon signe…

Après un bon quart d’heure de course intense, Khenzo s’arrête tout d’un coup dans une petite ruelle. Elle fait l’angle du bâtiment depuis lequel je l’observais, lui et son groupe, un peu plus tôt dans la nuit. Je manque de lui rentrer dedans et étouffe un juron. Il m’attrape par l’épaule et me plaque brutalement en arrière contre le mur. Compris cinq sur cinq. Je la ferme.

Le jeune homme jette un œil dans la rue principale, puis il me fait signe d’avancer avec prudence. Par précaution, j’enlève le cran de sûreté de mon Wallgon-X que je viens de dégainer. Il me reste six balles dans le chargeur. Je plonge une main dans mon sac et attrape un second chargeur pour les échanger. Khenzo sors un semi-automatique – un Desert Eagle HF10 si je ne m’abuse – de sous sa veste, prêt à faire feu si nécessaire.

Nous traversons rapidement la rue, puis nous nous plaquons contre le renfoncement d’un mur. Il me fait comprendre de rester vigilante, et je hoche la tête. Il pourra compter sur moi, pour cette fois. Je le suis en couvrant ses arrières et nous longeons le mur, jusqu’à ce que nous atteignions le grand rideau de fer devant lequel son groupe se tenait tout à l’heure. Alors qu’il s’apprête à me demander de l’aide pour le soulever, le rideau s’ouvre. D’un même mouvement nous pointons nos armes vers l’intérieur, distinguant vaguement des silhouettes dans l’ombre. Une demi-douzaine de voix, dont la mienne et celle de Khenzo, s’élève, ordonnant à chacun de ne pas bouger et de baisser son arme.

Puis, le silence.

Khenzo range son semi-automatique. L’aîné de son groupe s’avance alors vers la lumière du jour pour prendre son compagnon dans les bras. Ils s’échangent quelques claques dans le dos, bien contents d’être toujours en vie. Je baisse mon Wallgon-X et remets le cran de sureté avant de le ranger dans son holster.

- Que s’est-il passé ? demande Khenzo.

L’homme doit approcher la cinquantaine d’années. Ses cheveux sont grisonnants sur les tempes et ses traits marqués par le temps. Il fronce des sourcils et se gratte la tête, l’air sombre, tandis que les autres membres du groupe s’avancent à leur tour en me jetant des regards peu amicaux. Leurs vêtements sont poussiéreux, leur visage couvert de sueur et de sang. Le combat a été rude.

- On est tombé nez à nez sur une patrouille du PPNG en revenant ici.
- Il y a eu de la casse ?

Le chef du groupe jette un regard vers le fond du hangar.

- En face, ils ont eu leur compte, mais Samuel y est resté, et Camélia s’est pris une balle dans l’épaule. 
- Samuel… fait chier, putain ! jure Khenzo.

Les visages des hommes qui m’entourent se décomposent à l’évocation de leur camarade.

- La patrouille a détruit une bonne partie de notre matériel et de nos réserves en nous balançant des grenades, continue le quinquagénaire. On n’a plus rien pour extraire la balle ou désinfecter la plaie de Camélia. Elle a déjà perdu beaucoup de sang, j’ai peur qu’elle y passe avant qu’on ait pu atteindre la cité.

La cité ? De quoi parle-t-il ? Jusque-là, j’avais conservé mes distances, écoutant attentivement leur discussion. Mais à ces mots, je m’approche de Khenzo, gardant mes mains loin de mes armes et bien visibles de tous.

- J’ai de quoi assurer les premiers soins pour votre blessée.

L’aîné du groupe se tourne vers moi et m’attrape par le col de mon manteau. Son visage est à quelques centimètres du mien. S’ils n’étaient pas aussi nombreux à l’accompagner, je pense que je lui aurai donné un bon coup de boule. Histoire de calmer ses ardeurs. Mais objectivement, ce n’est pas une très bonne idée. Le vieux est costaud et, en dehors de Khenzo, les membres du groupe n’ont pas l’air plus disposé à mon égard.

- T’es qui toi ?! siffle-t-il.
- Moi c’est Xalyah.

Ma voix est froide et autoritaire. Je n’aime pas les gens qui envahissent mon espace vitale. Encore moins ceux qui me menacent. L’homme me toise et je soutiens son regard. La tension monte d’un cran et quelques mains se hasardent à toucher la crosse d’un pistolet, prêtes à dégainer et tirer s’il le faut. Ma vie est entre ses mains et malgré tout il ne m’impressionne pas. Des types arrogants comme lui, j’en ai croisé des tas, et ce ne sont pas les pires. Il finit par me lâcher pour me tourner autour.

- C’était bien toi dans la banque ? C’est toi qui as ameuté ces connards par ici ?!
- Tim arrête, t’es ridicule là.
- J’en ai rien à foutre Khenzo. Qui te dit que cette gonzesse n’est pas en train d’informer le PPNG ou l’OPPI de notre position et de nos forces ?

La moutarde me monte un peu au nez :

- Sérieusement ? raillé-je. J’ai vraiment une tête à être des leurs ?
- À toi de me le dire.

Je prends sur moi pour conserver mon calme, mais ce n’est pas l’envie de lui foutre mon poing dans la tronche qui me manque. Après tout ce que j’ai enduré, je préférerais mourir plutôt que de les servir ! J’expire la rage qui monte en moi et reprends mon sang froid. Ça ne sert à rien de tenir tête si c’est pour finir six pieds sous terre. Je décide de prendre une attitude moins agressive et plus neutre, histoire de décrisper la situation.

- Pour répondre à ta première question : oui, c’était bien moi dans la banque. Et non, je n’ai ameuté personne ici. Tu sais très bien quel sort ils réservent aux femmes…

Je réajuste le col de mon manteau. Les mains s’éloignent légèrement des crosses. J’attends sa prochaine question :

- Que veux-tu ?
- Rien. J'étais juste curieuse de savoir à quelle organisation votre groupe appartenait.
- Nous n’appartenons à personne ! s’emporte-t-il. Nous sommes libres de...
- Oui, j’avais remarqué.

Je n’aurais pas dû le couper de cette façon, mais ce type me tape sur les nerfs. Il me pousse contre le mur du hangar pour me dominer de toute sa taille. Quelques hommes ont dégainé leur arme et me tiennent en joue.

- Quel âge as-tu ? Trente ans ? Tu ne m’impressionnes pas. J'en ai au moins vingt de plus que toi et je ne ferai qu'une bouchée de toi.
- Des menaces ?

Je ne peux pas m’empêcher de lui tenir tête. C’est plus fort que moi.

- Allez, ça suffit vos conneries ! (Khenzo attrape Tim par le bras et le force à reculer, puis il intime à ses compagnons de baisser leurs armes). On a plus important à faire que de régler un problème d’ego entre vous. Xalyah m’a aidé à abattre des soldats du PPNG, alors je pense qu’on peut la considérer comme étant de notre côté, dit-il à l’attention de son chef. 
- Comment peux-tu être si sûr qu’elle ne représente aucun danger pour nous tous ?
- Tu parierais la vie de Camélia là-dessus ? On a déjà perdu trois des nôtres, je te rappelle !

Tim pousse un grognement et tourne le dos à son interlocuteur. Il n’a pas tellement le choix. 

- Ah ! D’accord ! Qu’elle aille s’occuper de Camélia. Mais je ne te lâcherai pas d’un pouce, rajoute-t-il en dardant son regard de feu sur moi. Un pas de travers et tu es morte.

Au moins ça a le mérite d’être clair.

Allez, je me suis motivée pour réinstaller les pilotes de ma tablette, alors, ça y est, Tim est enfin terminé !

lundi 10 juin 2013

Horizons - Episode 4 revisité


Je n’ai pas eu le temps de parcourir la moitié de la distance qui me sépare de ce carrefour que l’homme m’a rattrapée et se jette sur moi. Nous roulons à nouveau au sol et j’arrive à prendre le dessus en m’asseyant sur lui. Malgré l’obscurité, il dévie sans difficulté mon crochet du droit visant sa mâchoire et me repousse sur le côté pour se relever d’un bond. Il m’attrape sans ménagement par les épaules pour me remettre debout et me plaque contre le mur le plus proche. Grand et bien bâti, il me dépasse d’une bonne tête et demie. Sa main large et calleuse trouve ma gorge et son manteau en cuir grince légèrement tandis qu’il me soulève du sol. Pour la première fois, je croise son regard. Sombres, ses yeux ne transpirent ni la cruauté, ni la violence. Juste de la colère et une once d’anxiété. Je lâche la sangle de mon sac, pour attraper son poignet et soulager la pression qu’il exerce sur ma gorge. Mes pieds sont à quelques centimètres du sol et je commence à manquer d’air. Si je n’envisage pas une solution radicale, je suis fichue. Mais je vais lui donner une chance.

- Qu’est-ce que tu nous veux ?!

Il a le souffle court et rauque. Le coup que je lui ai donné dans les côtes continue de l’incommoder. Je tente de répondre mais ses doigts se resserrent. Il donne un coup de poing dans le mur, à quelques centimètres de mon visage.

- Tu travailles pour qui ? Répond !

Il relâche légèrement son étreinte, et mes pieds touchent à nouveau le sol. L’air s’engouffre dans mes poumons et je manque de m’étrangler pour de bon. Reprenant mon souffle et, par la même occasion, mes esprit, mon regard quitte le sien pour balayer les environs à la recherche d’une solution qui ne serait fatale pour personne. L’aube approche et l’obscurité se dissipe peu à peu. Un mouvement attire mon attention en direction du carrefour. Je plisse les yeux pour me concentrer sur les silhouettes qui se détachent dans la rue. Cette fois, pas de doute, c’est bien une patrouille du PPNG qui s’approche de nous. Pas cadencés. Uniformes tirés aux quatre épingles. Armes étincelantes. Grâce à la pénombre, ils ne nous ont pas encore vus, mais ce n’est qu’une question de temps avant qu’ils se rendent compte de notre présence. Paniquée, je fais signe à l’homme qui me tient toujours par les épaules de regarder derrière lui. Intrigué par mon agitation, il jette un regard par-dessus son épaule. Sa poigne s’affermit un peu plus encore. Lentement, il se retourne vers moi.

- Tu es avec eux ? murmure-t-il d’un ton menaçant.

Je fronce les sourcils. Il se fout de moi ? Comme il attend toujours une réponse de ma part, je fais signe de la tête que non. Il baisse les yeux sur mon semi-automatique, à moitié caché par mon manteau et rangé dans son holster sur ma cuisse droite.

- Pourquoi tu n’as pas essayé de me tirer dessus ?

Je peux sentir l’intensité de sa fureur. Visiblement, il n’est pas pote avec le PPNG. Et c’est peut-être ce qui va nous sauver. Mes yeux descendent sur la bosse de son blouson. 

- Je pourrai te retourner la question.
- Une intuition, grogne-t-il.
- Alors, il faut croire que nous avons eu la même intuition.

Il hoche la tête, dardant son regard noir sur moi. Je sais qu’il pèse le pour et le contre. À deux, nous multiplions nos chances de survie face à la patrouille. Mais qu’est-ce qui m’empêcherai de l’abattre ensuite ? Lentement, je lève les mains en l’air, en signe de paix. 

- Tout ce que j’ai pour te convaincre, c’est ma parole. Ces ordures ne sont pas avec moi.

Il me dévisage intensément, puis, après quelques hésitations, il finit par me libérer de son emprise. À croire que ce qu’il a vu en moi était suffisant. L’homme s’écarte légèrement, détache la lanière de son holster et sors son arme.

- Tu prendras les cinq à gauche et moi les cinq autres à droite, murmure-t-il. Compris ?!

Je fais signe de la tête que oui.

- Vous là ! crie l'un des soldats qui nous a enfin repérés. Montrez vos mains ! 

Les autres braquent leur lampe torche dans notre direction et nous mettent en joue, avançant avec prudence. Si nous ne voulons pas bientôt ressembler à deux passoires, il va falloir rapidement passer à l’action. Et nous n’aurons pas le droit à l’erreur.

- À combien de mètres sont-ils ? demande à nouveau l’homme, qui tourne toujours le dos à la patrouille.

Je me décale un peu pour apercevoir les dix soldats armés jusqu’aux dents qui se rapprochent de plus en plus. Ils portent tous un équipement à l’épreuve des balles incluant un casque.

Celui qui nous a déjà interpellés réitère sa question :
- Je ne le répéterai pas une troisième fois ! ajoute-t-il d’une voix puissante et menaçante.
- Ils sont à trente mètres environ. Il va falloir leur tirer dans le cou ou le visage, si on veut les tuer. Nos balles ne passeront pas leur casque et leur plastron.
- Bien. Tu es bonne tireuse ?
- Je me débrouille.
- Alors… maintenant !

Tout en me jetant sur la gauche pour me mettre à couvert, je dégaine mon Wallgon-X et tire sur les cinq hommes à gauche qui répliquent sans prendre le temps de viser. Toutes mes balles font mouche. Et avant même de comprendre ce qu’il leur arrive, les cinq hommes se retrouvent à terre. Headshot, comme on dit. Papa, tu serais fière de moi, pensé-je amèrement. De son côté, mon compagnon de fortune éprouve plus de mal à abattre ses cibles. Deux hommes gisent au sol ; l’un d’eux semble inerte et l’autre se contorsionne de douleur en hurlant. Les trois derniers se sont réfugiés derrière une carcasse déglinguée de voiture et tirent par-dessus à l’aveugle. Trop occupés à s’acharner sur mon acolyte, ils m’ont carrément oublié. Je crois bien qu’on a affaire à des bleus. Une chance pour nous.

Je rampe entre deux tas de gravats avant de m’accroupir. Il ne m’ont toujours pas vue. Rapidement, je courre me planquer derrière un panneau de publicité pour les contourner. Là, je reprends mon souffle pour me calmer. Mes deux mains tremblent sur mon arme, et j’ai les jambes en coton. Une bourrasque de vent fait rouler un sac poubelle éventré vers moi. L’odeur du cadavre d’un rat en décomposition qui dépasse des déchets me prend aux tripes. C’est immonde. Je remonte mon foulard sur mon nez, avant de m’accroupir pour jeter un œil sur le côté. Les trois hommes continuent de vider leur chargeur sur le mur d’en face. Vachement utile, pensé-je, sarcastique. Et il n’y en a même pas un pour couvrir leur position ! Mes mains ont cessé de trembler, ma respiration est lente et profonde. Je peux repasser à l’action. Je me décale d’un pas, vise et tire. Trois tirs parfaits qui achèvent l’unité du PPNG. Mes oreilles bourdonnent légèrement, avant de se réhabituer au silence de la mort. Des bleus. C’est tout ce qu’ils étaient. 

L’homme avec qui je me battais, il y a quelques instants à peine, se relève et pointe son arme dans ma direction, prêt à tirer. Si j’avais voulu le tuer se serait déjà fait. Il le sait. Alors, il range son arme sous sa veste, puis me rejoint aux côtés des corps inertes, l’air déconcerté. La colère a disparu de ses yeux et, toujours un peu perplexe, il se passe une main dans les cheveux. Nous allons peut-être pouvoir repartir sur de bonnes bases. En admettant que la mort de ces dix hommes soit une bonne base…

- Pourquoi tu ne m’as pas tué ? Et qu’est-ce que tu faisais à nous surveiller ? demande-t-il à nouveau sans détours.

J’époussette mon manteau et me dirige vers mon sac. Mais l’homme m’attrape le poignet pour me forcer à le regarder. Je me dégage sèchement et récupère mes affaires avant de revenir auprès des cadavres, tout en vérifiant l’écran du détecteur de chaleur. Les dix points rouges ne vont pas tarder à s’éteindre les uns après les autres. Si j’avais le temps, je leur donnerais une sépulture décente… comme aux autres. C’était des êtres humains après tout. Mais connaissant leurs procédures, cela n’allait pas être possible. Au moins, ils n’auront pas le temps de pourrir à l’air libre comme ce rat.

- Si cette patrouille n’était pas passée par ici, tu serais mort.
- Tu sembles bien sûre de toi, réplique-t-il froidement en s’agenouillant auprès des soldats.
- Quant à tout à l’heure, j’étais juste curieuse. Et visiblement ça ne me réussis pas vraiment, rajouté-je plus pour moi-même que pour mon interlocuteur.

L’autre ne réagit pas, trop occupé à fouiller les poches des morts pour récupérer ce qui pourrait lui être utile. J’ai toujours du mal à me faire à cette pratique, mais les temps sont durs, et ce n’est pas moi qui le blâmerais. Je sors mon Mémo et lui demande de me calculer un nouvel itinéraire pour la journée.

- Je te conseille de ne pas trop trainer dans les parages, une autre patrouille va bientôt débarquer pour voir ce qu’il est advenu de celle-là, lui dis-je doucement en rangeant l’appareil dans mon sac.

L’homme hoche la tête.

- Je sais. Qui es-tu ? me demande-t-il brusquement en se relevant.
- Qu’est-ce que ça peut te faire ?

Je lève les yeux vers le ciel. L’aube pointe enfin le bout de son nez à l’horizon, propageant une lueur rougeâtre au-dessus des carcasses des buildings et des maisons noyées sous les débris. Le spectacle de la déchéance humaine qui s’offre à nous a quelque chose de grandiose. Et d’effrayant.

L’homme se plante devant moi. Je le dévisage. De par sa carrure et sa voix grave, je pensais qu’il était plus âgé, mais en réalité il doit avoir une vingtaine d’année. La faim et la fatigue nous changent tous.

- Comment tu t'appelles ? insiste-t-il.

Je soupire et malgré moi je lui réponds :
- Xalyah.
- Pardon ?
- Xalyah... c'est mon prénom.
- Khenzo.

Il me tend la main, mais je ne réagis pas. J’ai de nouveau les yeux rivés sur le détecteur de chaleur et ce que je vois n’est pas franchement réjouissant. Visiblement, le groupe du jeune homme, qui me tend toujours la main, est retourné sur ses pas et ils ne sont pas seuls. De nouveaux points rouges lumineux s’agitent un peu partout sur l’écran. Je fronce les sourcils. Soudain, plusieurs détonations résonnent au loin pour mourir à travers les ruines. Et merde…

La main de Khenzo retombe le long de sa cuisse. Ses traits se durcissent et ses muscles se contractent sous ses vêtements.

- C’est bien ce que je pense ? demande-t-il en grinçant des dents.
- J’en ai bien peur.


Ce n'est pas encore terminé, mais voilà où j'en suis pour le moment sur l'illustration de Tim !

lundi 13 mai 2013

Les Guerriers de Dhaifu


Leurs pieds s’enfonçaient dans la neige épaisse qui leur arrivait jusqu’aux genoux. 
Ils marchaient sans relâche dans ce paysage monochrome. Le ciel. Le sol. La ligne d’horizon. Tout ne faisait qu’un. Seule la neige, glaciale, vicieuse, leur rappelait qu’ils avaient bien les pieds sur terre. S’immisçant sournoisement à travers les moindres interstices de leurs vêtements, elle leur collait à la peau. Comme une sangsue les vidant de leur sang, elle happait leur force, jour après jour. Combien survivrait à cette marche interminable ? 
En contrebas, s’étendait le versant nord de la montagne. Abrupte, rocailleux, verglacé. Ils n’étaient plus que trois lorsqu’ils franchirent la crête des monts enneigés. Le point culminant de leur épopée. Le point de non-retour. 
La tempête les empêchait de voir à plus de quelques mètres devant eux. Le vent fouettait leur visage avec virulence et faisait claquer leur cape dans leur dos. Ils s’arrêtèrent un moment, aux aguets. C’est ici qu’ils devaient la trouver, la combattre, mettre fin à cette folie et se libérer de son emprise. Ils n’eurent pas le temps de prier Dhaifu qu’Elle surgit de nulle part, les frappant de plein fouet. 

Nguvu. 
Peu à peu, je sentis le froid pénétrer mes membres engourdis. Le choc avait été rude, mais j’étais toujours conscient. Paralysé de douleur, je restai un instant immobile, puis ma tête roula sur le côté et j’ouvris les yeux. Une première victoire. La neige continuait de tomber sans relâche, j’étais prisonnier de son linceul argenté. Je devais m’en extirper avant qu’Elle ne reparte à l’assaut. 
- Ô Dhaifu ! Prête-moi ta force ! 
Cet enfer blanchâtre ne m’emporterait pas. Dhaifu me donna la force de me redresser sur le flanc et je luttai quelques instants contre le vent cinglant. Tant bien que mal, je me mis à genou, et tandis que je me relevai, une violente douleur me déchira le bas du dos. Un liquide chaud coula sous mon armure, imbibant mes vêtements. La tempête de neige m’aveuglait, les bourrasques de vent frappaient mes oreilles et ma poitrine de plein fouet. Je portais une main à la blessure béante qui lacérait mes chairs. Elle ne m’avait pas raté. 
Mon épée gisait un peu plus loin dans la neige, de ma main ensanglantée je l’attrapai. La garde se cala au creux de ma paume et sentir le poids de la lame me redonna courage. Soudain, un cri déchira l’air et transperça mon esprit. Hurlement de mort ou appel de cor, je n’aurai su dire. 
Je ne pouvais plus reculer. Il me fallait avancer coûte que coûte ; le souvenir de l’agonie de mon seul Amour et l’appel de Dhaifu me donnèrent la force de me relever. 
Mes pieds s’enfoncèrent dans la neige et l’épais manteau blanc m’enveloppa tout entier. C’est là que je les vis... quelques plumes aux reflets d’or, éparpillées dans la poudreuse. Le coeur battant, je suivis la piste qu’elles m’offraient. 
La tempête entravait ma marche, je devais me plier en deux pour résister aux bourrasques cinglantes. La douleur me rappelait sans relâche la blessure qui déchiquetait mon dos, mais Dhaifu m’avait prêté toute sa force pour accomplir mon devoir. Je le remerciai tout bas, lui jurant fidélité jusqu’à la mort. 
Au bout d’un moment, le vent se calma et les flocons se firent moins denses. L’horizon s’éclaircit et je pus distinguer une silhouette bien familière. Élancée et svelte, je devinais sa musculature tendue à travers l’épaisseur de ses vêtements chauds. De sa capuche s’échappaient quelques mèches brunes. Son regard ardent se posa sur moi et un sourire fugace éclaira son visage en sang. 
Elle posa un index sur ses lèvres et désigna quelques traces au sol qui commençaient à s’effacer. 

Uamuzi. 
Je restais, un instant, étendue au sol, un goût de sang dans la bouche. Mon corps me faisait mal, ma tête bourdonnait et des étoiles dansaient sous mes paupières closes. Je portai une main à mon visage pour essuyer le liquide poisseux qui coulait d’une vilaine blessure. Mes cils se décollèrent et le paysage blanc m’entoura à nouveau. Elle était là, quelque part, et je devais réagir si je ne voulais pas mourir sans lui avoir au moins porté un coup. 
- Ô Dhaifu ! Prête-moi ta détermination ! 
Cet enfer blanchâtre ne m’emporterait pas. Dhaifu me donna la détermination nécessaire pour me relever. Je titubai quelques instants, courbée vers l’avant pour me protéger de la tempête. Les cieux étaient en colère, et la neige tombait drue autour de moi. Je rabattis la capuche de mon manteau pour me protéger de la furie du vent. L’entaille que je portais à la tempe me lançait cruellement et je devais lutter pour contraindre la douleur dans un coin de mon esprit. Elle m’avait touchée, mais Elle ne perdait rien pour attendre. 
À genoux, je cherchais mon arme à tâtons. Je mis enfin la main sur mon épée, enfouie sous quelques centimètres de neige. Le choc l’avait projeté à quelques mètres de moi. Je caressai la lame du bout des doigts, puis la remit à sa place, dans son fourreau. Soudain, un cri déchira l’air et transperça mon esprit. Hurlement de mort ou appel de cor, je n’aurai su dire. 
Il était temps d’en finir. Elle avait saccagé le village de mes aïeux, de mes parents, de mes neveux et mes nièces. J’avançai dans la neige, défiant le vent de toute ma hargne. C’est là que je les vis... quelques traces laissées dans la poudreuse. Aussi larges que celles d’un ours, aussi griffues que celles d’un aigle, aussi lourdes que celles d’un mastodonte. Ragaillardie par cette découverte, je suivis la piste qu’elles m’offraient. 
Le vent claqua à mes oreilles et me cingla le visage. Un filet de sang coula de ma blessure jusque dans mon cou. Je frissonnai. Dhaifu m’avait donnée sa détermination pour accomplir ma tâche. Je lui adressai un signe de reconnaissance, jurant qu’il pourrait me compter parmi ses fidèles jusqu’à la mort. 
Puis la tourmente retomba. Je sentis sa présence avant même de le voir. Mon cœur se serra dans ma poitrine, comme à chaque fois que je me retrouvai à ses côtés. Le sien appartenait à une autre, pour toujours, je devais me faire une raison. Nguvu s’approcha de moi, le pas lourd, comme s’il avait été gravement blessé. Pourtant, il irradiait d’une puissance que je ne lui avais encore jamais connue. 
Je lui montrai les traces qu’Elle avait laissées et il hocha la tête. 

Ampendaye. 
À demi-conscient et transi de froid, je me laissai porter par de lointains souvenirs. J’avais vécu maintes batailles, et chaque fois, je pensais y laisser la vie, partir pour un monde meilleur, où le sang et la boue n’existent plus. En vain. Peut-être que ce jour était enfin arrivé. Je fermai les yeux. Fatigué de cette vie. J’entendis des bruissements de pas au lointain. Mes entrailles se nouèrent à l’idée de les perdre sans avoir combattu une dernière fois à leur côté. Ils approchaient. Je devais me joindre à eux. 
- Ô Dhaifu ! Donne-moi ton amour ! 
Cet enfer blanchâtre ne m’emporterait pas. Dhaifu venait de me donner l’amour. Ce sentiment que j’avais cherché au fond de moi, des décennies durant, il me l’accordait enfin. Enfoncé dans la neige, je me redressais avec difficulté, j’étais toujours vaillant, et l’amour de Dhaifu me portait. Mon bras gauche pendait, inerte, sur mon flanc. En retrouverai-je un jour l’usage ? Qu’importe ! Si Elle leur avait fait du mal, je trouverai la force de le lever une dernière fois, et Elle tremblera face au berserker. 
À genoux dans la neige, je cherchais un long moment mes armes. Mon bouclier ne me serait plus d’aucune utilité avec un bras en moins, mais je tenais à mon glaive. Soudain, un cri déchira l’air et transperça mon esprit. Hurlement de mort ou appel de cor, je n’aurai su dire. 
L’heure de la mise à mort avait sonné. Vaincre ou périr. Mes genoux craquèrent quand je me remis sur pieds, je fis tournoyer la lame qui m’avait toujours accompagné, découpant les flocons qui tourbillonnaient autour de moi. Elle était une extension de mon bras et, avec, je comptais bien protéger les seuls êtres qui m’étaient chers. C’est là que je les vis... quelques taches sombres, parsemant l’épaisse couche de neige qui recouvrait le flanc de la montagne. Avec un sourire carnassier aux lèvres, je suivis la piste qu’elles m’offraient. 
Les rafales de vent me forcèrent à avancer avec prudence. Je ne sentais plus du tout mon bras gauche, mais Dhaifu m’avait donné son amour. Dès lors, je ne pouvais plus les abandonner. Pour avoir accompli mon seul souhait, je lui jurai fidélité jusqu’à la mort. 
La tempête diminua et le ciel s’éclaircit. Je les regardais avancer vers moi. Le plus grand était un valeureux guerrier au tempérament d’acier, une force à nul autre pareil, mais son doux regard rêveur trahissait sa peine. La mort de sa Bien-Aimée avait terni la fougue de son jeune âge. À ses côtés, une combattante à l’allure svelte et nerveuse, avançait d’un pas plus déterminé que jamais en dépit d’une passion insupportable qui lui rongeait le cœur. Cet amour sans retour la consumait un peu plus chaque jour. Je devais les protéger et veiller sur eux. Je les rejoignis. 
Nous étions force, détermination et amour. Ensemble nous l’affaiblirons. Ensemble nous l’achèverons. Ensemble nous survivrons. 

Dhaifu. 
J’ouvris les yeux et croisai le regard des trois valeureux guerriers. Chacun à leur manière, ils avaient sollicité mon aide. Je leur avais donné ce qu’ils attendaient, et, fièrement, ils avaient affronté et vaincu leur pire ennemi. Je tendis une main vers eux, dans l’espoir de figurer un jour à leur côté. 
Vunja prit le vase entre ses mains, m’arrachant à ma torpeur. Les trois visages me contemplèrent un instant, avant de disparaître dans l’autre pièce. 
Le brouillard se dissipa au-dessus de mon esprit. Je regardai mon corps frêle étendu sur la petite paillasse. Force, détermination et amour. Voilà tout ce dont j’avais besoin. Voilà tout ce que j’avais donné à Nguvu, Uamuzi et Ampendaye. 
Vunja revint à mon chevet et passa un linge humide sur mon front couvert de sueur. 
- Encore un cauchemar Dhaifu ? demanda-t-elle d’une voix morne. 
- Pas cette fois mère... 
Je savais bien qu’elle n’en pouvait plus. J’étais un fardeau pour elle depuis trop longtemps maintenant. Petit dernier, faible et inutile, Vunja me portait tel un fardeau qu’elle aurait souhaité déposer sur le bord de la route. Alors, elle m’avait laissé dans ce coin, abandonné à mes doux rêves où j’avais voyagé aux côtés de mes compagnons légendaires. Et à présent, elle me les enlevait. 
Les trois guerriers n’étaient plus là, mais je sentais leur présence autour de moi. Apaisé, je fermai les yeux et la laissai la fièvre reprendre le dessus. Chaque jour la maladie gangrenait mon corps et mon âme et Elle avait fini par gagner. 
Demain, je serais comme eux, une figure peinte sur de la terre cuite, et l’on chantera ma lente agonie. 

Nouvelle co-écrite avec Zanelouce, dans le cadre d'un concours de duo organisé sur le forum des Jeunes Ecrivains.
Notre texte est arrivé en 3e position sur 7 nouvelles écrites au total, et nous avons recueilli 5 mentions Originalité et 4 mentions Poésie.

Ce fut une expérience très enrichissante et je remercie ma partenaire sans qui ce texte n'aurait jamais vu le jour. Ecrire à quatre main est quelque chose de singulier, il faut savoir rester ouverte d'esprit, faire des concessions et s'adapter à l'écriture de l'autre. Une expérience que j'aimerai renouveler si j'en ai l'occasion.

Ce concours a été organisé par Fleurdepat, et les auteurs des différentes nouvelles ont commenté chaque texte, sans savoir qui en étaient les auteurs. Même ceux qui n'avaient pas participé au concours pouvaient noter, commenter, et attribuer des mentions aux nouvelles. Je me permets de les rajouter ici, car c'est vraiment intéressant de voir/comprendre comment les lecteurs ont perçu le texte.

Voici donc les commentaires que nous avons reçu : 

Aventador 
Note : 2 fleurs 
Mention : originalité, poésie 
Un beau texte, un style qui me parle, un parti pris narratif extrêmement intéressant et original. J'ai été transporté au pays du soleil levant, au milieu des samouraïs. La violence distillée ici passe extrêmement bien de par les mots choisis. 
Revers de cette médaille : beaucoup trop de répétitions (volontaires ou non) pour moi. Des mots (neige/enneigées, vent, douleur, blanc), des phrases entières même. D'où ma note un peu sévère, pondérée par deux mentions. 

Ake
Note : 2 fleurs 
Mention : poésie 
Quelques fautes évitables et à éviter : « Combien survivrait », le versant « abrupte », « je portaais »…
Déjà, rien qu’au titre, j’aime l’univers. L’alternance des points de vue (à laquelle nous avions pensé pour notre propre nouvelle, bien que très différente) me plaît énormément et traite bien du « Chacun sa chimère ». Seul bémol, je trouve que les récits sont très semblables et même trop similaires : on a froid, on est blessé, on prie Dhafu, on avance… La reprise de structure grammaticale est intéressante sur le début de chaque paragraphe, et j’aime énormément. Mais le reste de chaque point de vue aurait — à mon sens — mérité que l’on se concentre sur les spécificités propres à chaque personnages, afin de faire ressortir non seulement les points communs mais aussi la variété de chaque destin. En résumé, on a l’impression de lire trois fois la même chose, ce qui est un peu dommage. La réunion des trois personnages à chaque fin de point de vue est intéressante elle aussi !
La fin inscrit cette nouvelle dans la lignée de la première et de la troisième : décidément ! Je regrette à ce stade de ma lecture que le rêve pur n’arrive pas à se distinguer de la folie. Cela dit, c’est bien mené, et l’évocation des peinture de terre cuite est très poétique. 

Thomas 
Note : 2 fleurs 
Mention :
J’ai eu énormément de mal à rentrer dans cette nouvelle. En tant qu’allergique au pavés de descriptions, je vous soupçonne d’avoir voulu me tuer ^^ Ce que j’ai aimé, c’est le retournement final qui m’a fait voir la nouvelle entière d’une autre façon, c’est bien joué. Cependant, j’ai été un peu gêné par la construction du texte, je ne pense pas que les répétitions d’une partie à l’autre étaient indispensables, vous auriez pu vous en passer, tout du moins les réduire : il y en avait trop. Je garde tout de même une très bonne impression de ce texte grâce à votre fin et à l’interprétation que je m’en fais. Bravo. Et puis, le titre est bien choisi ! 

Mélusine 
Note : 2 fleurs 
Mention : poésie 
Ce texte est une merveilleuse poésie. Quelle belle métaphore ! C’est tout ce que j’aime dans l’écriture ! 
J’ai noté quelques répétitions qui leste le texte, comme par exemple ici entre autre : J’étais un fardeau pour elle depuis trop longtemps maintenant. Petit dernier, faible et inutile, Vunja me portait tel un fardeau qu’elle aurait souhaité déposer sur le bord de la route. Je trouve aussi que le « elle » en italique n’est pas utile au contraire, on a très bien compris l’allégorie et finalement cela donne de la lourdeur à la finesse de ce texte. Comparer la fièvre à la neige est judicieux et même si ce n’est pas nouveau, imager le combat à la maladie est ici très bien écrit ! Cette nouvelle m’a totalement emportée ! Merci aux auteurs ! 

Fleurdepat 
Note : 3 fleurs 
Mention : originalité 
Excellent texte une histoire qui mêle fantastique et réel, une écriture touchante et trouble tout en étant très précis. Mon texte préféré 

Hel 
Note : 2 fleurs 
Mention : originalité 
Exploitation originale avec un scénario bien développé qui nous surprend en plus dans sa dernière note. L’histoire garde un flou entre l’épopée et le combat des guerriers et le tableau final sur le malade qui se laisse emporté petite à petit, mais néanmoins pas forcément très dérageant. J’ai aimé cette trace de passé, ces visages en terre cuite qui apporte l’apaisement. La chimère d’un passé qui s’échappe et vers lequel se penche le malade pour parcourir son dernier bout de chemin. Quelques longueurs sur la forme, itinérantes sans doute au changement de point de vue qui développe tour à tour le même contexte, mais sur le fond c’est percutant, notamment cette dernière ligne bien amenée, et bien pensée. Ce n’est pas le genre de récit que j’affectionne particulièrement mais il faut lui reconnaitre des qualités, d’autant plus qu’il se démarque franchement dans l’approche. 

Shemina 
Note : 1 fleur 
Mention : -
J'ai eu beaucoup de mal à entrer dans le texte. Le style est assez lourd, les répétitions des actions nombreuses. L'histoire a dû mal à avancer et tout reste très flou. Désolé pour ce commentaire difficile à avaler, mais je pense que les auteurs sont passés à côté de quelque chose. Dommage. 

Spirit
Note : 2 fleurs 
Mention :
Texte original mais difficile à lire. On comprends rapidement qu'il s'agit de 3 personnages racontant la même chose à leur point de vue personnel, mais ce n'est véritablement qu'à la fin qu'on peut comprendre ; une personne malade qui délire et imagine un combat avec un trio.
Le froid a été bien trouvé, puisque lors de fortes fièvres, la neige est souvent au centre de tout délire. 

Héliotrope 
Note : 3 fleurs 
Mention :
Nettement plus classique quant au style, c’est néanmoins une bonne histoire bien construite servie par une écriture fluide et agréable. (Rikomer et Shemina ? ou bien ont-ils commis L’Asile ?) 

Lilyange
Note : 2 fleurs 
Mention :
Je ne suis pas très fan du genre de cette nouvelle. À mon sens, il y a trop de redondances. Que les auteurs reprennent le même schéma pour chaque guerrier avec l'idée de demander à chaque fois une vertu : force, détermination et courage, c'est une bonne idée. Mais il y a trop de phrases répétées mot pour mot, qui pour moi déserve le récit en le rendant parfois un peu long. Sinon l'ensemble est maitrisé et l'écriture agréable à lire. Je n'ai juste pas été emportée réellement par l'histoire ! 

Oxymore 
Note : 1 fleur 
Mention :
Jolie image, ça me donne envie de commencer la lecture. J’ai du mal avec l’utilisation du passé simple quand le récit est à la première personne. C’est assez laid, ça rend la lecture moins fluide... Mais soit, j’y vais quand même, et je finis la nouvelle assez rapidement. J’ai explosé de rire au « Nous étions force, détermination et amour. » Je sais pas, ça fait un peu Power Rangers, en fait xD Je m’attendais à une chute, elle est crédible, mais j’ai eu dû à être touchée ou du moins à être réellement étonnée. En fait, comme les nouvelles précédentes : ce n’est pas mauvais, mais je reste désespérément de marbre. 

Mikaroman 
Note : 3 fleurs 
Mention : originalité 
- Belle utilisation de la chimère : Jusqu’à la fin on se demande quelle est la bête qu’il poursuivent, est elle réelle, est elle une allégorie, est elle un monstre ? 
- Belle utilisation de la répétition : le même passage, utilisé avec des redondance voulues, met en valeur les différend dons que cherchent et obtiennent les héros. Cette forme rappelle, d’une certain point de vue, les évangiles qui se recoupent parfois, amplifiant le côté mystique du récit. Cela rappelle aussi la quête des trois héros qui accompagnent Dorothy au pays du magicien d’Oz (le courage, un cœur et un cerveau). Et de ce point de vue-là, on est bien dans la poursuite d’une chimère puisqu’ils poursuivent en dehors d’eux même, un objectif interne. 
- Une écriture efficace et fluide. Aucune incohérence de relevé. 
Une chute qui surprend et révèle. (Chaque héros qui poursuit sa chimère, possède une vision de son dieu, alors même que chaque héros est une vision du dieu en question, lui même poursuivant la chimère d’une guérison impossible) 

Divaju 
Note : 3 fleurs 
Mention :
J’ai aimé : 
- La répétition de certaines phrases dans chacune des narrations. 
- Les différentes narrations, que j’ai trouvées très poétiques, parfois mélodiques. 
- La fin, merveilleuse. 

Rikomer 
Note : 4 fleurs 
Mention : poésie, originalité
Tout simplement génial, j'ai été happé par cette histoire du début à la fin. Le style est parfait pour ce genre. L'histoire est épique, la chute est habile. J'ai aussi été bercé par les mots, je conseille aux auteurs de faire un roman d'aventure de la même veine que cette nouvelle. J'adore, merci beaucoup.