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lundi 24 février 2014

Destins croisés - Episode 18


***

Je repris conscience quelques minutes plus tard. Taen s’était mis en route et m’avait calé sur ses épaules, comme Baron. Une position pas très confortable à vrai dire.

- Tu as repris tes esprits ? me demanda le jeune homme qui avait décidé de passer au tutoiement.
- A priori… oui.

Il s’arrêta et me posa au sol. Mes genoux tremblèrent quelques secondes, puis se reprirent. Mon dos me lancinait terriblement et ma tête semblait sur le point d’exploser. Je ne pouvais pas dire que j’étais au meilleur de ma forme. Décidant d’oublier mon inconfort un instant, je regardai autour de moi avec curiosité. Il n’y avait rien d’autre que l’obscurité et les bruits étranges du sous-bois.

- Où m’emmènes-tu ? demandai-je méfiante.
- Au point de ralliement convenu avec les autres, répondit-il avec douceur. C’est à une demi-heure d’ici.
- Pourquoi te ferai-je confiance ?
- Si je t’avais voulu du mal ce serait déjà fait, répondit-il un peu agacé.

Je reculai de quelques pas, le dévisageant avec insistance. Rien ne me prouvait qu’il fût plein de bonnes intentions, mais rien ne me prouvait non plus qu’il me veuille du mal. 

- D’accord, continua-t-il, levant les mains en signe de paix. Je comprends que tu te méfies. Après tout, je pourrais faire partie d’un autre groupe d’Enleveur. Si tu veux, je vais ouvrir la marche et tu resteras derrière moi avec mon épée. Le marché te parait honnête ?

Je le regardai des pieds à la tête en pesant le pour et le contre. Je n’avais aucune idée de l’endroit où j’étais, je ne connaissais personne dans ce monde en-dehors d’Erick, je n’avais ni nourriture, ni eau, ni arme et je ne savais pas où je devais aller pour me sortir de ce pétrin. Mes options étaient finalement assez réduites.

- Oui, ça me parait plutôt honnête.

Taen défit le ceinturon qui maintenait le fourreau de son épée contre sa hanche et posa l’ensemble au sol sans me quitter des yeux. Comme je ne bougeai toujours pas, il recula de quelques pas tout en gardant les mains levées.

- Je t’assure que je ne te ferai rien.
- Oui et bien je préfère rester prudente.

Je me baissai et allongeai le bras pour récupérer l’épée et son fourreau. C’était plus lourd que ce que j’imaginais et je n’étais pas bien sûr d’avoir suffisamment d’énergie pour m’en servir correctement s’il le fallait. Après avoir bataillé pendant cinq bonnes minutes avant de réussir à boucler correctement ce ceinturon, je dégainai l’épée et désignai l’obscurité de la lame.

- Les hommes d’abord, si tu veux bien.

Avec un regard amusé, Taen passa devant moi et ouvrit la marche. Même avec une arme au poing, je n’étais pas vraiment plus rassurée. Mais je me fis violence et talonnai mon guide de près. Ce dernier se déplaçait avec aisance, un peu à la manière d’Erick. Pour oublier les chairs déchiquetées de mon dos et ma tête, j’essayai discrètement de l’imiter. Sans succès. Tout ce que je réussissais à faire c’était me prendre les pieds dans les racines et faire encore plus de bruit.

- Tu n’es pas une fille de la campagne, n’est-ce pas ? s’enquit Taen au bout d’un moment.
- Pas vraiment, non.
- D’où viens-tu ?
- Pas d’ici en tout cas.
- Que de mystère…, déclara-t-il en riant. Très bien, ça me va comme ça.

Alors que j’allais répliquer, un choc violent me propulsa contre l’arbre le plus proche. Désorientée, je cherchai Taen du regard. Il était aux prises avec deux assaillants. Je reconnu Baron à son nez rouge et déformé et celui qui m’avait fouettée jusqu’au sang. L’homme qui m’accompagnait ne pouvait lutter contre deux hommes qui avaient la même puissance que lui. S’il était plus agile que les deux autres, le nombre compensait la maladresse des agresseurs. Je devais agir. Fébrilement, j’attrapai l’épée qui gisait à mes côtés et me relevait.

Aller, arrête de penser, passe à l’action maintenant. En poussant un cri de rage je m’élançai vers les trois hommes, lame en avant. Avec la vitesse de ma course, le fer s’enfonça sans résister dans les chairs de Baron. L’Enleveur brailla et s’écroula au sol. Probablement mort. L’épée fichée dans le dos. Taen et le second agresseur me regardèrent en écarquillant les yeux.

- La garce… murmura l’acolyte de Baron. Elle l’a tué…

Alors qu’il s’apprêtait à se jeter sur moi, Taen le ceintura et l’envoya valser au sol. Les deux hommes s’engagèrent dans un combat au corps à corps sans merci. Encore engourdie par ce que je venais de faire, j’attrapai mollement la garde de l’épée et tirai dessus pour l’extraire de son enclume humanoïde. Je dû m’y reprendre à plusieurs fois avant de la récupérer. Et sans plus réfléchir, j’interrompis la lutte en enfonçant la lame dans les reins de l’Enleveur.

- Ça, c’est pour les coups de fouet…

L’homme voulut se retourner pour me regarder, mais cela eut pour conséquence de l’achever, car je n’avais pas lâché prise sur la garde. Il mourut en émettant d’immondes gargouillements. Taen se releva et posa sa main sur la mienne.

- C’est fini. Tu peux lâcher cette épée maintenant.
- Je peux…

Je ne finis pas ma phrase et tournai la tête vers le jeune homme.

- Oui tu peux. C’est terminé.
- Je…

Mes jambes me lâchèrent et je m’agenouillai au sol, prise de tremblement.

- Eléonaure !

Cette voix…

- Erick… soufflai-je.

Il s’approcha de moi et s’accroupit à mes côtés pour me prendre par les épaules. Je grimaçai de douleur et penchai la tête en avant. Il ne m’avait pas abandonné. Taen avait dit la vérité. Il passa une main dans mes cheveux et sa main s’arrêta sur mon menton pour me relever la tête.

- Qui t’a mis dans un état pareil ? demanda-t-il doucement.
- Eux, répondis-je en désignant les deux cadavres du regard.
- Eh bien, il vaut mieux ne pas te chercher des ennuis ! s’exclama-t-il.

J’étouffai un rire mêlé à un sanglot.

- Pourquoi…
- Parce que les Dieux l’ont voulu ainsi Eléonaure, répondit Erick en me pressant contre lui.
- Les Dieux n’existent pas.
- Peut-être pas dans ton monde, mais ici, si.
- Dites, je ne voudrais pas interrompre votre débat théologique, intervint Taen, mais nous ferions bien de rejoindre le camp. Il faut s’assurer que nous ayons récupéré tout le monde.

Erick acquiesça et se redressa.

- Tu peux marcher ?
- Oui, ça ira.

Il m’aida à me relever et tous les trois nous reprîmes la route, laissant les deux cadavres derrière nous. Il nous fallut à peine un petit quart d’heure pour rejoindre le reste du groupe. Le bilan était positif, tous les prisonniers étaient vivants, six Enleveurs au total avaient été tué, et les autres avaient fui vers le sud. En tout, dix hommes étaient venus à notre secours, chacun étant un proche de l’un des paysans enlevés par les hommes de Baron.

En nous voyant arriver, Sarizine courut à notre rencontre pour se jeter dans les bras de Taen. Le jeune homme la serra un long moment contre lui avant de la saisir par les épaules pour l’observer des pieds à la tête.

- Pourquoi faut-il toujours que tu te fourres dans des galères pas possibles ? déclara-t-il sourire aux lèvres. Tante Dalina n’a donc vraiment rien mis dans ton crâne d’oiseau ?!

Sarizine éclata de rire et entraina son cousin près du feu de camp pour s’asseoir avec les autres. Je n’avais pas très envie de me mêler au groupe pour partager leur retrouvaille familiale. Erick resta à côté de moi pour contempler les hommes et les femmes qui s’enlaçaient, heureux de se savoir en vie, sain et sauf.

- Tu vas bien ? me demanda-t-il toujours avec douceur.
- A ton avis ?! ripostai-je avec amertume. J’ai atterris dans ton monde sur la tête en haut d’une falaise. J’ai fait de l’escalade en pleine nuit manquant de me rompre le cou à plusieurs reprises. Je me suis faite enlevée par des porcs. J’ai été séquestrée et battue jusqu’au sang. Et tout ça grâce à toi.
- Eléonaure, je suis…
- Oui, oui, je sais, tu es désolée, tout ça. Ben moi aussi je suis désolée. Alors si tu veux bien, je suis fatiguée et je vais aller dormir.

Sur ces mots, je tournai les talons et disparu derrière un tronc d’arbre pour m’asseoir. Dans la pénombre, je m’attrapai la tête entre les mains et me fis violence pour ne pas céder aux larmes. Dans quelle merde je m’étais encore fourrée ? Ici personne ne pourrait venir à mon aide. Dans mon monde non plus d’ailleurs, pensais-je amèrement.

Erick s’agenouilla devant moi et posa une main sur ma tête.

- Je ne veux pas attirer l’attention sur moi, mais je peux au moins faire ça pour toi en attendant d’être plus tranquille.

Une douce chaleur m’envahit et je me sentis partir en avant. Les ténèbres m’enveloppèrent avant même que j’atteigne le sol.

Et un pavé ! Parce que ça faisait longtemps...
Au passage une illustration aussi, quand même, faut pas déconner hein.

Et juste pour dire que ça y est, j'ai trouvé un nouveau taff qui me plait beaucoup (design, intégration et compagnie... le kiff !). Pourvu que ça dure :)

Aller, à la revoyure !

mardi 2 avril 2013

Destins croisés - Episode 17


Après un bon quart d’heure de course effrénée, je ralentis le rythme et m’adossai à un tronc d’arbre. Une main se posa sur mon épaule. Surprise, je poussai un cri d’effroi et frappai l’homme qui tentait de me maîtriser. Au bout d’un moment, je compris qu’il essayait de me parler. 

- Calmez-vous ! s’écriait-il. Je ne vous veux aucun mal. 
- Que… 
- Nous sommes venus en finir avec ces maudits Enleveurs ! 

Je suspendis mon geste et regardai enfin l’homme qui se tenait devant moi. Il était grand, bien bâti et portait des vêtements plus sophistiqués que les Enleveurs et leurs prisonniers. Par-dessus sa chemise blanche, il avait endossé une veste à manche courte en cuir noir. Ses poignets étaient renforcés par des bandes de cuir et une épée s’appuyait contre sa hanche, solidement attachée à sa ceinture. Dans le noir, je distinguai vaguement des traits bien découpés, une mâchoire carrée et un regard pétillant. 

- Qui… qui êtes-vous ? balbutiai-je. 
- On m’appelle Taen. Et vous devez-être Eléonaure, n’est-ce pas ? 
- Comment connaissez-vous mon nom ? 
- Il y a un certain Eryck parmi nous qui vous recherche. Et je pense que vous correspondez bien à la description qu’il a faite de vous. Mais vous avez été salement amochée. 
- Erick… 

Alors il ne m’avait pas lâchement abandonnée en haut d’une falaise… Toute l’énergie que j’avais déployée pour me débattre eut raison de moi. Mes genoux fléchirent sous mon poids et je me laissai choir lourdement au sol. 

- Holà ! Doucement ! s’écria Taen en s’accroupissant à mes côtés pour me retenir. C’est fini maintenant. Tout ira bien. 

Ces mots me firent rire nerveusement. 

- J’en doute, murmurai-je en reprenant mon calme. J’ai comme la sensation que tout ne fait que commencer… 

Des étoiles dansèrent devant mes yeux et Taen retint ma tête qui roulait en arrière. Je l’entendais qui m’appelait, mais je n’avais pas envie de lui répondre. J’avais juste envie de m’allonger et de dormir, là, dans les sous- bois, au plus profond de la nuit d’un monde inconnu. Il me souleva dans ses bras et je fermai les yeux, me laissant rattraper par mes douleurs.

Une semaine chargée en émotion. Et une pensée. Profiter des personnes qu'on aime tant qu'elles sont là, car après, c'est trop tard.

mardi 12 mars 2013

Destins croisés - Episode 16



*** 

Quand je revins à moi, le jour était déjà levé et on m’avait remis dans la cage. Sarizine m’aida à m’asseoir, en jetant un coup d’œil furtif à nos geôliers. Ils étaient occupés à la bonne marche du convoi et ne faisaient pas attention à nous. 

- Tu aurais pu te faire tuer, me dit-elle sur un ton de reproche. Qu’est-ce qui t’a pris de vouloir t’enfuir comme ça ? Tout le monde sait que les Enleveurs sont sans pitié. Tout ce qu’on peut espérer c’est tomber sur un Dabaïen pas trop rustre. 
- Sûrement, répondis-je en grimaçant. 

Mon corps commençait à me faire comprendre qu’il en avait marre d’être maltraité. Mais je n’avais pas envie de moisir dans cette cage. Il fallait que je trouve une autre idée pour me sortir de là. Et une meilleure idée si possible. 

Le reste de la matinée je le passai à l’écart des autres qui ne voulaient pas être mêlés à mes histoires. La douleur était insoutenable mais je n’avais pas le choix. Je devais m’en accommoder et garder les idées claires. En passant une main dans mes cheveux pour enlever le sang séché, je sentis l’épingle que je mettais pour les retenir sur les tempes. Je la fis jouer dans mes mains et me rapprochai discrètement de la porte. J’observais le mécanisme et décidai d’attendre la nuit pour passer à l’action. Même si cela faisait longtemps que je n’avais pas pratiqué cet exercice, le mécanisme paraissait simple ; je ne devrais pas rencontrer de grosse difficulté pour crocheter la serrure. 

A midi, le convoi fit une brève halte pour que les créatures puissent s’abreuver dans un ruisseau et se reposer. On nous distribua un bouillon de volaille, du pain sec et un peu d’eau. N’ayant rien avalé depuis mon dernier café chez moi, en compagnie d’Erick, je me jetai sur mon repas pour rassasier mon estomac qui criait famine. En repensant à ce dernier petit déjeuné dans mon monde, j’eus l’impression qu’une éternité s’était déroulée depuis lors. 

Le vent se leva soudainement et quelques gouttes de pluie s’écrasèrent sur le sol. En quelques minutes nous étions trempés jusqu’aux os, transis de froids. Les Enleveurs reprirent nos bols à la hâte, sans les laver, et le convoi se remit en marche. L’averse dura deux heures avant que le soleil ne reprenne sa place dans le ciel. Je bénis secrètement cette douche naturelle. Même si j’avais toujours l’impression d’être sale, la pluie avait enlevé le plus gros de la crasse et du sang. Comme les autres, je passai le reste de l’après-midi à somnoler, essayant d’oublier les multiples plaies qui tiraillaient mon corps. 

Le soir on fit à nouveau halte dans une clairière. Les Enleveurs préparèrent un grand feu et firent rôtir les lapins qu’ils avaient attrapés un peu plus tôt. Tandis qu’ils festoyaient gaiement, nous devions nous contenter du pain rassis qu’il leur restait. La bière coula à grand flot, et bientôt leurs voix s’élevèrent au dessus des arbres pour entamer des chansons paillardes. Feignant la somnolence, j’attendis tranquillement qu’un à un ils s’écroulent ivres mort, près du feu. Lorsque je fus sûre que les bras de Morphée berçaient fermement nos geôliers je fis jouer mon épingle dans la serrure de la cage. Sarizine me surprit et me poussa sur le côté. 

- Qu’est-ce que tu fais ? Tu comptes tous nous faire tuer ? murmura-t-elle. 

Je sentais plus de peur que de colère dans le ton de sa voix. Je la rassurai, en lui disant que je n’en étais pas à mon premier coup. Alors qu’elle tenta une nouvelle fois de m’en empêcher je lui fis comprendre qu’à s’agiter de la sorte c’était elle qui risquait de tirer du sommeil les hommes endormis à quelques pas de nous. Alors elle se replia sur elle-même et observa d’un œil craintif mes manœuvres. Il me fallut presque un quart d’heure avant de déjouer la serrure. Quand le cliquetis de l’ouverture se fit entendre, le reste des prisonniers s’agitèrent et ouvrirent les yeux. Je poussai doucement la porte mais ne put l’empêcher de grincer. Tout le monde retint son souffle, suspendu aux ronflements des Enleveurs. L’un d’eux renifla dans son sommeil, se retourna, puis se remit à ronfler de plus belle. Je fis signe aux hommes et femmes qui attendaient derrière moi, de sortir en silence. Quand vint le tour du dernier, les autres commencèrent à gagner les sous-bois sur la pointe des pieds, tandis que j’aidais le jeune adolescent à descendre. Maladroit pour un sous, il se prit les pieds dans le rebord de la cage et chuta lourdement au sol, faisant valdinguer le panier d’ustensile de cuisine. Tout son contenu se répandit dans un fracas assourdissant. Je le relevai et lui intimai de rejoindre les autres en courant. Avant d’en faire de même, j’attrapais une torche enflammée et mis le feu aux affaires des Enleveurs. Ces derniers émergeaient de leur sommeil de plomb, et imbibés d’alcool comme ils l’étaient, ils mirent un moment à se ressaisir. Lorsque leur chef se rendit compte que ses prisonniers se faisait la belle, il cria et s’élança à notre suite. 

Je sentais l’odeur du feu qui se répandait derrière moi et les cris rageurs des Enleveurs parvint jusqu’à mes oreilles. Les compagnons de fortunes courraient à mes cotés à perdre haleine. Leur captivité les avait rendus faible, et ils n’avançaient pas très vite. Je les encourageais du mieux que je pouvais tout en jetant un œil par-dessus mon épaule. Les geôliers commençaient à se coordonner pour nous prendre en chasse. Nous devions nous séparer pour augmenter nos chances de leur échapper. Je le fis comprendre aux autres, et nous nous dispersâmes en plusieurs groupes. 

Sarizine resta avec moi et me talonna. Trois hommes nous prirent en chasse. Affolée la jeune femme perdit ses repères et faillit faire demi tour pour courir droit dans les bras des Enleveurs. Je la rattrapai par la manche et l’emmenai derrière moi. Mais une fois de plus, les hommes avaient l’avantage car ils connaissaient la nuit mieux que nous. Au bout d’un moment ils finirent par nous rattraper et nous ceinturer. Je me débattis comme un beau diable, mordant, griffant tout ce qui me touchait. Je finis par échapper à la poigne de mon assaillant en lui balançant un coup de coude dans l’estomac. Je me relevai et repris ma course en gardant toujours un œil derrière moi. Sarizine était partie dans une autre direction, suivie par deux hommes et bientôt je la perdis de vue. Un autre poursuivant se jeta sur moi, mais j’eus le réflexe de sauter sur le coté pour l’éviter. De sa main il m’attrapa quand même le pied pour me faire chuter. Je lui envoyai un coup dans la figure qui le fit lâcher ma jambe en même temps qu’un juron. Je me relevai une nouvelle fois et détalai à l’aveuglette dans l’obscurité de la nuit.

Et un templier de plus ! J'ai des problèmes de proportions dessus, mais tant pis ! ^^'

mardi 5 mars 2013

Destins croisés - Episode 15


Le crépuscule arriva vite, et le convoi s’arrêta dans une petite clairière. Deux hommes partirent chercher du bois, deux autres en quête du diner de ce soir, et trois installèrent le camp pour la nuit. Prise d’une soudaine idée folle, je hélai l’homme le plus proche de la cage qui se curait le nez avec minutie. C’était celui qui m’avait frappé sans vergogne. 

- Qu’est-ce qu’elle veut la p’tite dame ? grogna-t-il. 
- J’ai besoin d’aller au petit coin. 

Baron soupira et ouvrit la cage pour me faire descendre. Il m’attacha solidement les mains dans le dos et me poussa sans ménagement devant lui. Quelques minutes plus tard, il s’arrêta dans la pénombre devant un bosquet et me le montra du doigt. 

- Là, dit-il avec autorité. 
- Vraiment ? demandai-je d’une voix mal assurée. Vous allez vous retourner quand même ? 
- Et puis quoi encore. 

Je m’accroupis donc derrière le bosquet et tâtonnai du bout des doigts le sol mais ne trouvai rien d’utile. Je finis par me relever pour m’approcher de l’homme. 

- J’ai un petit problème. 
- Quoi encore ? maugréa-t-il tandis que je le dérangeai pour la deuxième fois pendant sa fouille nasale. 
- Avec les mains dans le dos, je ne peux pas me dévêtir. 
- Si ce n’est que ça…, répliqua-t-il l’œil brillant. Je peux m’en charger moi-même. 

Alors qu’il se baissait pour trouver comment défaire mon jean, je rassemblai toutes mes forces pour lui balancer mon genou dans le visage. Son nez se brisa dans un sinistre craquement et il s’effondra sans un cri. Rapidement je le fouillai pour trouver ce que je cherchai. Son couteau pendait à la ceinture et je le dégageai pour couper mes liens. Il me fallut cinq bonnes minutes pour parvenir à mes fins, et l’homme commençait déjà à reprendre connaissance. Une fois libérée de mes cordes je pris mes jambes à mon cou pour m’enfoncer dans l’obscurité de la forêt. Mes pieds dérapaient sur le sol humide et les branches basses me griffèrent le visage. Je n’avais pas fait trente mètres que Baron avait déjà totalement reprit ses esprits. Il s’époumona pour prévenir les autres avant de se lancer à ma poursuite. La peur au ventre je détalai aussi vite que possible. Les branches me lacéraient le visage et s’emmêlaient dans mes cheveux, les taillis me faisaient trébucher. Je courrai toujours mais force fût de constater que je ne connaissais pas aussi bien les sous-bois que mes poursuivants. Après dix minutes de fuite l’un des Enleveurs plongea sur moi et me mit à terre. Je me débattis tant bien que mal, me relevant pour m’échapper une seconde fois, mais un autre homme arriva à la rescousse pour mettre fin à mes efforts. Il me retourna une claque bien sentie qui me fit voir des étoiles, me roua de coup de pied et me percha sur son épaule pour me ramener au camp. Là, ils me ligotèrent solidement à une roue de la charrette. Les autres prisonniers s’étaient repliés au fond de la cage, le plus loin possible de moi, comme s’ils redoutaient que les Enleveurs ne s’en prennent à eux également. 

Je crus d’abords qu’ils me laisseraient tranquille tandis qu’ils finissaient leur repas. Mais après quelques choppes d’alcool, l’un d’eux sortit un fouet pour me dissuader de recommencer. C’était mal me connaitre. 

Le dixième coup fût celui de trop. Je perdis connaissance avec un goût de sang dans la bouche.

Retour à la série de templier car j'en ai encore quelques uns en réserve.

Et je terminerai cette note avec le refrain de "Song of the Lonely Mountain". Quoiqu'on en dise les coeurs de voix d'homme sont vraiment magnifiques pour la plupart.

"Some folk we never forget
 Some kind we never forgive
 Haven’t seen the end of it yet
 We’ll fight as long as we live"

dimanche 3 février 2013

Destins croisés - Episode 14



***

Je me réveillai un peu plus tard dans la journée. L’une des prisonnières était penchée au dessus de moi, et essuyait le sang qui avait coulé le long de ma tempe. Je l’observai un moment, les paupières mi-closes ; elle devait approcher la trentaine, les cheveux châtains clairs attachés en queue de cheval, de grands yeux verts, des taches de rousseur rehaussant la ligne d’un nez fin, et une bouche pulpeuse. A n’en pas douter, elle aurait fait fureur dans mon monde. 

Voyant que je reprenais connaissance, elle s’écarta et se rassit contre les barreaux de la cage. Je regardais les autres prisonniers ; ils arboraient tous la même mine triste et fatiguée. Les femmes étaient vêtues de longues jupes et portaient une chemise ample serrée à la taille par une bande de tissus fin pour la plupart de couleur vive. Un fichu de la même couleur que leur ceinture retenait leurs cheveux en queue de cheval. Les hommes étaient vêtus à peu près de la même façon. A la place de la jupe, ils portaient un pantalon rentrés dans des bottes en tissus ou en cuir qui s’arrêtaient à mi-mollet. Ils avaient tous le teint hâlé, comme s’ils avaient l’habitude d’être exposé au soleil. 

- Où nous emmènent-ils ? demandai-je d’une voix pâteuse. Que vont faire ces hommes de nous ? 
- Tu n’as jamais entendu parler des Enleveurs ? s’étonna la femme qui s’était penchée au-dessus de moi, en insistant sur le dernier mot. 
- Des enleveurs ? répétai-je. Qu’est-ce que c’est ? 
- Cela fait plusieurs mois qu’ils courent la campagne pour enlever les paysans, répondit un jeune homme aussi épais qu’une brindille. 
- On raconte qu’ils les emmènent jusqu’à la frontière sud, et qu’ils les vendent comme du bétail aux Dabaïens. C’est le sort qui nous attend, chuchota une femme brune en frissonnant. 

Je me redressai péniblement et agrippai les barreaux de la cage, qui tanguait sous l’impulsion des grandes créatures. Des Enleveurs ? Se faire vendre à des Dabaïens ? Dans quelle merde étais-je ? J’observai longuement les hommes qui encadraient le convoi. Ils étaient tous taillés dans le roc, et leur attitude agressive me dissuadait de tenter quoique ce soit frontalement. De plus, ils avaient l’air plutôt organisés. De temps en temps, deux d’entre eux partaient devant en reconnaissance. Ils revenaient une heure plus tard en hochant la tête positivement. Cinq autres hommes encadraient étroitement le convoi, et les derniers s’espaçaient d’une cinquantaine de mètres pour surveiller les environs, si bien que la plupart du temps je les perdais de vue, pour les voir réapparaitre de temps en temps dans les sous-bois alentour. Je devrais la jouer fine si je voulais me sortir de ce mauvais pas. Lasse de les regarder, je ramenai mes genoux contre ma poitrine en soupirant. Merci Erick. 

- Comment t’appelles-tu ? demanda alors la femme aux cheveux châtains. 
- Eléonaure. Et toi ? 
- Eléonaure ? Ce n’est pas commun. Je m’appelle Sarizine, et je viens du village de Tenezco. Et toi d’où viens-tu ? ajouta-t-elle alors que je gardais le silence. 
- Pari, répondis-je d’une voix lointaine. 
- Pari ? Où est-ce ? demanda un jeune homme aux cheveux couleur carotte. 
- Loin. A des années lumières d’ici. 

Devant mon air maussade les questions s’arrêtèrent. Je sentais les regards pesés sur moi. Accoutrée comme je l’étais et la peau blanche, j’intriguais tout le monde. Je fermai les yeux et tentai de faire le vide dans mon esprit.

Et voilà le work in progress terminé.

jeudi 31 janvier 2013

Destins croisés - Episode 13



***

Quelque chose me palpa le bras avec prudence. 

- Elle est vivante ? demanda une voix bourrue. 

- Je crois bien qu’oui, répondit une autre plus jeune. 

Des mains me fouillèrent alors sans ménagement. Je bougeai et ouvris les yeux. Un jeune garçon, d’une quinzaine d’année, le visage sale et boutonneux, était en train de me presser la poitrine. Je me relevai prestement et pris mes distances alors qu’il affichait un sourire édenté. Un autre homme m’attrapa alors par la taille pour me soulever du sol. 

- T’as l’air plutôt alerte. Une fois remise, tu f’ras l’affaire. 

C’était celui à la voix bourrue. D’où j’étais je ne voyais que son dos couvert de cicatrices et ses cheveux noirs, long et gras. Il empestait l’alcool et la sueur. 

- Lâchez-moi tout de suite ! criai-je en me débattant. 

Petit et gros il n’en avait pas moins une poigne de fer, et ne lâcha pas prise. Je renonçais à me débattre pour l’instant ; épuisée et à bout de force je n’irai pas loin. D’un pas tranquille il avançait en direction d’une cage sur roulette, tirée par deux immenses créatures noires. Au fur et à mesure qu’il s’en approchait j’en discernai avec stupéfaction son contenu ; une dizaine de personnes, pour la plupart jeunes, étaient enfermées à l’intérieur. Tous avait le visage et les vêtements sales, comme si cela faisait plusieurs jours qu’ils étaient enfermés. Ils regardaient la scène d’un air triste en évitant de croiser mon regard. Tout autour, une dizaine d’hommes armés de pics en métal et de gourdins encadraient la cage. Certains portaient de lourds paquetages sur leur dos. D’autres tenaient d’étranges créatures grises, plus petites et avec de longues oreilles, à l’aide d’une corde de cuir. Celles-ci croulaient à moitié sous des montages de sacs en toiles grossières. 

- Lâchez-moi, vous n’avez pas le droit ! criai-je à nouveau. 

- On se calme ma p’tite dame, déclara calmement l’homme qui me portait en claquant sa main sur mon postérieur. 

Les hommes rirent à gorge déployée en me voyant me débattre vainement. 

- Tu as le chic pour choisir les plus sauvages Baron ! s’écria l’un d’eux en ouvrant la cage. 

- Ce ne sera pas pour déplaire aux Dabaïens, crois-moi, répondit l’intéressé tout en me déposant au sol. 

Ils durent s’y prendre à trois pour me faire entrer de force. Je n’avais aucune envie de subir le sort des autres prisonniers qui me regardaient d’un air effaré, donc il n’était pas question que je me laisse faire. Excédé, le dénommé Baron me frappa à la tête avec son gourdin, et je perdis connaissance.

Petit work in progress du moment !

mercredi 2 janvier 2013

Destins croisés - Episode 12






*** 



La tempête faisait rage sous mon crâne depuis un long moment déjà, et j’étais seule, allongée dans une position inconfortable. Je roulai sur le coté pour me mettre sur le ventre et ouvris les yeux ; j’étais sur un sol caillouteux et inégal. Je me redressai sur les mains et mis un genou à terre. A première vue j’aurais dit que mon environnement ressemblait à l’image que je me faisais d’une grotte, mais plongée dans la pénombre je n’étais sûre de rien. Je m’appuyai contre une paroi poisseuse et glissante pour me relever entièrement, alors qu’une odeur nauséabonde parvint à mes narines. L’air étouffant charriait des bruits lointains de vie sauvage. Je portai une main à ma tête puis à mon nez ; elle sentait le sang. Ce salaud d’Erick m’avait laissée ici, pensant que j’allais crever comme une chienne ! Je le maudissais de toutes mes forces lui et tout ce qu’il avait engendré. Qu’il aille au diable ! Ses pensées ne me réconfortèrent guère et d’un pas mal assuré je sortis de la grotte. L’obscurité était tombée telle une chape de plomb sur le paysage que je découvrais. La lune éclairait faiblement une plaine boisée, parsemée ci et là de prairie et de champ. Je pouvais deviner quelques maisonnées regroupées en contrebas d’une falaise, de l’autre coté de la vallée ; de la fumé devait s’échapper de leur cheminé et de faibles lueurs vaciller aux fenêtres. Etait-ce le monde d’Erick ? 

Je regardais à mes pieds et constatai, à la clarté de la lune, et avec découragement, que j’étais sur une corniche située à des dizaines de mètre au-dessus du sol. J’inspectai les bords à la recherche d’un chemin, mais je ne trouvai rien. Au bout d’un long moment d’hésitation je finis par balancer mes jambes au-dessus du vide, pour me saisir d’une large saillie dans la roche. Je ne tenais pas à moisir ici en attendant qu’un prince charmant me ramène chez moi. 

Je n’avais, pour ainsi dire, jamais pratiqué de sport qui ressemble de près ou de loin à de l’escalade en pleine nature, je devais donc évoluer lentement, m’assurant un appui sûr à chaque nouveau geste, car je n’avais aucune envie de finir aplatie contre les rochers en contrebas qui dressaient leurs arrêtes coupantes et menaçantes vers moi. Oui, malgré la pénombre je n’imaginai sans aucun mal ce qui m’attendait en bas. J’avais la trouille de regarder sous mes pieds. La clarté de la lune me permettait d’y voir suffisamment pour choisir mes prises. Je redoutais le pire à chaque fois que mon pied trouvait une nouvelle encoche, mais je ne pouvais plus faire machine arrière. L’humidité de la nuit rendait la poussière rocheuse collante et je dus m’essuyer les mains plusieurs fois sur mon jean avant de poursuivre de peur qu’elles ne glissent sur la paroi. 

Cela faisait une éternité à présent que j’étais agrippée au-dessus du vide, et je devais avoir parcouru une centaine de mètre. Mes muscles étaient aussi raides que du bois, et mon épaule blessée ne me facilitait pas la tâche ; je sentais mes forces décliner inexorablement. Alors ce qui devait fatalement arriver, arriva. Mon pied glissa sur une pierre roulante et mes doigts ne furent pas assez rapides pour attraper la prise suivante. Je glissais contre la paroi, m’écorchant tout le corps jusqu’au sang. Mon chemisier finit par s’accrocher sur une arrête et pendant un instant ma course effrénée vers la mort ralentit. Néanmoins, les tissus trop fragiles ne résistèrent pas longtemps sous mon poids. Je tendis mes mains, essayant désespérément de me raccrocher à quelque chose ; ce geste me sauva sans doute la vie car mes mains trouvèrent une grosse pierre plate. La panique s’empara de moi, si j’avais stoppé ma chute momentanément je n’en étais pas moins sortie d’affaire : suspendue par une seule main je pendais lamentablement dans le vide. Et pour couronner le tout je sentis à nouveau du sang couler le long de ma tête jusque dans mon cou. Je fis un effort surhumain pour attraper la pierre avec mon autre main et stabiliser ainsi le mouvement de mon corps. Des étoiles vrillèrent devant mes yeux, ce n’était pas le moment de perdre connaissance ! Je savais que je ne tiendrais pas longtemps, les crampes agressaient tous les muscles de mon corps et mes pieds glissaient toujours contre la paroi, incapables de trouver appui. La peur de mourir refit surface et ma courte vie défila dans ma tête ; j’avais tout perdu il y a déjà tant d’année, alors à quoi bon ? Mes mains lâchèrent prise. 

Mes pieds touchèrent plus rapidement le sol que je ne l’aurais pensé. A bout de force je tombai à genou sur la petite corniche qui m’avait sauvée d’une fin atroce. Je roulai sur le dos et fermai les yeux pour calmer ma respiration saccadée. Il s’en était fallut de peu ! Après un long moment, je me sentis suffisamment apaisée pour risquer un coup d’œil vers le bas. Avec soulagement je constatai qu’il ne restait plus qu’une trentaine de mètres à descendre. Tout mon corps me lançait, mais un regain d’énergie me permit d’entamer la fin de ce maudit parcours, avec un peu plus d’optimisme. Je redoublai de vigilance, vérifiant toujours deux fois l’état de mes prises avant d’y peser tout mon poids. Il me fallut presque autant de temps pour effectuer ces trente mètres que pour les cent premiers. Mais j’avais décidé de remettre à plus tard l’option de me rompre le coup. Le deal était d’arriver en bas, en un seul morceau. 

L’aube pointait le bout de son nez quand je posai enfin un pied sur l’herbe fraîche de la prairie. Je me laissai choir sur le dos, et fermait les yeux, à la fois heureuse d’être encore en vie, mais également furieuse contre Erick. Pourquoi m’avoir entrainée dans son monde pour m’abandonner si vite ? J’arrachai une touffe d’herbe et frappai rageusement le sol. Au bout d’un moment je me relevai pour constater les dégâts. Mon épaule s’était remise à saigner. Mon chemisier, qui n’en avait plus que le nom était en lambeau, laissant apparaître les éraflures que m’avait laissées la roche. Certaines étaient profondes et continuaient de saigner. Mon jean était déchiré au niveau de mes genoux qui n’étaient pas en meilleur état, et mes mains étaient en sang. Après ce bilan désastreux, je décidai de m’oublier un instant pour me concentrer sur mon environnement. Les premiers rayons du soleil perçaient au-dessus de la cime des arbres qui entourait la vallée. Une douce lumière orangée caressait la forêt qui venait jusqu’au pied des falaises, tandis qu’en contrebas elle s’élargissait en un large demi-cercle. Les terres semblaient cultivées, et au loin je crus apercevoir le bout d’un enclos avec quelques bêtes. 

L’air était d’une pureté incroyable et les couleurs éclatantes. Je me surpris à respirer à plein poumons avec délice. Des odeurs variées arrivèrent jusqu’à mes narines, sans que je puisse les reconnaître  L’herbe était d’un vert vif et flamboyant, le vent d’une douceur improbable, et le ciel se parait d’un dégradé flamboyant jusqu’à un bleu azur comme je n’en avais jamais vu. J’étais bien loin de ma Cité verdâtre et malade. Cet univers semblait transpirer d’une énergie débordante. 

Revigorée, je me dirigeais vers la lisière de la forêt. D’où j’étais, il me semblait entendre le bruissement lointain de l’eau, ce qui décupla ma soif. J’avançais avec difficulté, pour traverser l’étroite bande que formait la vallée à cet endroit, mes ballerines noires glissant sur la rosée que le petit matin avait déposée sur l’herbe. Dans le sous-bois les odeurs étaient encore différentes. Mes pieds s’enfonçaient dans l’épais tapis de feuilles et de brindilles qui jonchaient le sol. Je tendis l’oreille et me laissai guider par le bruit du courant d’eau. A plusieurs reprises de petits rongeurs détalèrent devant moi pour se réfugier sous les taillis. A chaque fois je sursautai, portant une main à mon cœur qui battait la chamade. C’est donc avec prudence que j’approchais de la rivière. L’eau était si limpide que je la fis couler pendant de longues minutes à travers mes doigts pour bien l’observer. De temps en temps un poisson venait frétiller près de la berge pour repartir aussitôt et se laisser porter par le courant. Ce monde était si curieux et déroutant. Je pris mon temps pour laver le sang de mes bras et mes mains, et bus de grande gorgée d’eau. Le liquide frais me fit l’effet d’un baume apaisant. Épuisée  je m’allongeais sous l’ombre des arbres, à coté du cours de la rivière, en laissant une main dans l’eau. Puis je fermai les yeux et me laissai bercer par ces bruits si nouveaux et tellement apaisants.


Que le bonheur et la paix nous accompagne tout au long de nos périples. Que les souffrances s’apaisent pour nos proches. Que le soleil brille dans nos coeurs. Que cette année soit encore meilleure que la précédente et que nos souhaits les plus chers se réalisent.

*Mes meilleurs voeux à vous tous*

jeudi 15 novembre 2012

Destins croisés - Episode 11


Alors que nous débouchions sur une petite clairière Erick s’arrêta brusquement et regarda autour de lui, aux aguets. Il me fit signe de garder le silence et partit inspecter les environs. Tandis qu’il s’éloignait, une ombre passa derrière moi. Je me retournai vivement, tous les sens en alerte. Sans autre formalité l’ombre se matérialisa dans mon dos et m’attrapa par les cheveux. Je poussai un hurlement de rage et m’égosillai à pleins poumons pour prévenir Erick, mais la masse de muscle me broya la mâchoire pour m’empêcher de crier. A ce moment, une autre silhouette passa dans les fourrés devant moi et se jeta sur mon assaillant. Je roulai au sol et me relevai tant bien que mal. Erick était aux prises avec un colosse encore plus impressionnant – si c’était possible – que Joastin ; il portait le même accoutrement étrange en métal, des gants de cuir recouvraient ses avant-bras et une large épée pendait à sa ceinture. Erick évita deux crochets du gauche en une adroite roulade. Il se releva, alerte, et balança son pied droit en direction de la tête du soldat. L’homme encaissa le choc sans ciller et repartit à la charge un poignard bien ancré dans une main. Alors qu’Erick esquivait lestement les attaques lourdes et peu précises du molosse, je cherchai frénétiquement autour de moi quelque chose qui aurait pu me servir d’arme. Je trouvai un long morceau de bois, l’air aussi solide que de la pierre. Je le brandis maladroitement au-dessus de ma tête et chargeai la montagne de muscle qui me tournait le dos. Le choc résonna jusque dans mes os, et je dû resserrer ma prise comme une forcenée sur la branche pour arrêter les tremblements de mes bras. L’homme se retourna et ricana en me voyant trembler de tous mes membres. 

- Tu n’impressionneras pas Traedos avec ça, femme ! aboya-t-il. 

Sa voix était rugueuse et âpre comme le vinaigre. Erick profita de ce moment d’inattention pour le frapper une nouvelle fois à la tête et le heaume se détacha. L’homme arborait un sourire carnassier et son regard glacial semblait pouvoir vous paralyser en un instant. Ses cheveux noirs et gras étaient retenus en une longue tresse, comme Joastin, et sa barbe en bataille recouvrait sa large mâchoire. Suivant mon instinct, je bondis en avant et le frappai à la tempe alors qu’il se retournait vers Erick. Il chancela, et j’eus l’impression que quelque chose s’évanouit dans les airs. Mon collègue souffla alors une série de mot dans une langue étrangère et de longs fils bleus sortirent de ses doigts. Ils s’insinuèrent dans le corps de Traedos par tous les orifices. L’homme hurla à la mort et son corps de convulsa en de violents spasmes. Sa chair se mit soudainement à gonfler, à tel point qu’il finit par éclater, répandant morceaux de chairs, viscères et organes, autour de l’endroit où il s’était tenu vivant quelques secondes auparavant. Je sentis du sang gicler sur mon visage et fermai instinctivement la bouche et les yeux. Le calme était revenu. Je regardai autour de moi, une lueur mordorée s’élevait des restes du soldat qui disparurent dans un voile brumeux. 

Je n’en croyais pas mes yeux. Mon esprit refusait la réalité qui était pourtant incontestable. Erick ramassa son livre et mon rejoignit, pas plus terrifié que cela. 

- J’avais créé un cercle de protection ici, la première fois que je suis arrivé dans ce monde, dit-il pour lui-même. Mais il faut croire que ce n’est plus suffisant pour les retenir. Je ne vois plus qu’une seule solution. 
- Laquelle ? demandai-je encore toute engourdie par la lutte qui s’était déroulée. 
- Détruire la source du problème, répondit-il avec hargne. 
- Et qui est… ? 
- Cardanas pardi ! A quoi penses-tu ? s’écria l’homme qui acceptait la mort si froidement. 

Je détournai le regard et contemplai la petite clairière. 

- A quoi je pense…, répétai-je encore sous le choc. A vrai dire c’est un peu confus. 

Mais Erick m’ignorait déjà et farfouillait dans son sac de voyage qui était resté quelques mètres plus loin. Il en sortit le petit carnet noir que je n’avais pas eu le temps d’examiner ; il le feuilleta à toute vitesse puis posa un doigt victorieux sur l’une des pages. Il alla se placer au centre de la clairière et commença à psalmodier d’étranges formules. L’air se rafraîchit soudainement et un vent violent s’engouffra entre les arbres et la végétation avoisinante pour tourbillonner autour d’Erick. Un éclair aveuglant me força à détourner le regard, et quand mes yeux revinrent sur lui, un trou flottait dans les airs à ses cotés, comme une plaie béante faite à l’univers. Souriant à pleine dent, il m’appela pour que je le rejoignisse. A ma grande stupeur j’obéis, et avançai dans sa direction. Il me prit solidement par les épaules et me poussa sans ménagement vers la bouche hideuse. La peur se libéra en moi, et un hurlement de terreur sortit de ma gorge tandis que je tombai dans le vide. L’espace d’un instant j’eu la sensation de flotter dans l’infini, comme un point de suspension de le temps. Puis la gravité reprit le dessus. 

La chute fût rude. Mon épaule blessée s’affaissa sous mon poids et ma tête heurta violemment le sol. Je voulus me relever mais Erick choisi ce moment-là pour me tomber dessus, me coupant le souffle et mes dernières volontés. Je fermai les yeux et ne bougeai plus. Je l’entendis grogner alors qu’il se dégageait, me soulageant de son poids. Je ne bougeai pas pour autant. Des étoiles dansaient sous mes paupières closes et un liquide coula le long de ma tempe. Mon crâne n’était que douleur, quelque chose n’allait pas. J’entendis la voix inquiète d’Erick mais ne distinguai pas ses mots. Ses mains prirent mon visage et me tournèrent la tête dans tous les sens ; je sentis qu’il étouffait un juron plus que je ne l’entendis. Il essuya le liquide qui inondait mon visage avec un morceau de tissu tout en pestant, je devais être dans un affreux état.

Et un de plus ! Je passerai à autre chose quand je penserai en avoir fait le tour... ou pas :p

vendredi 9 novembre 2012

Destins croisés - Episode 10


Nous mîmes trois heures avant d’arriver à l’orée de la forêt. La voiture refusait d’aller plus loin, expliquant qu’elle n’avait pas l’autorisation de circuler au-delà des frontières de la Cité. D’après la position du GPS nous étions encore loin de l’objectif d’Erick. Il nous faudrait plusieurs jours de marche pour y arriver. Je décidai donc d’arracher les fils du boitier de sécurité de la voiture. La voix crachota pendant quelques secondes encore son avertissement, puis le silence retomba dans l’habitacle. Je branchai le mode manuel et repris la route. Ce devait être la deuxième ou troisième fois que je dirigeais moi-même une voiture, et je n’étais pas franchement à l’aise. Nous croisâmes, deux navettes qui reliaient la Cité à ses jumelles, quelques véhicules autorisés à rouler en-dehors des frontières des Cités, puis plus rien. Sur près de trois cents kilomètres nous parcourûmes cette ancienne autoroute, encadrée par des arbres vieux de plusieurs siècles. 

Erick me fit emprunter une sortie rocailleuse qui nous mena droit dans les entrailles de la forêt. Lorsqu’il ne fût plus possible d’avancer, je coupai le moteur et déverrouillai les portières. Nous descendîmes, et inquiète je contemplai la silhouette de la forêt aux formes obscures et hostiles. Je n’avais aucune envie de rentrer là-dedans. Erick sentit ma réticence et me tira par la main pour m’entraîner à sa suite. En franchissant la barrière qui interdisait l’accès à la forêt, je me mis à le suivre d’un peu plus près, pas franchement rassurée par les bruits inconnus qui s’élevaient sur notre passage. Cette ambiance sonore ne m’était pas familière. L’homme que je suivais m’adressa un sourire d’encouragement. J’esquissai une grimace en guise de réponse et lui fit signe de ne pas s’occuper de moi. J’affronterai mes peurs, seule, comme toujours. Je ne savais pas ce qu’espérait trouver Erick dans cette forêt et je n’étais pas vraiment pressée de le découvrir. 

L’histoire de cette forêt me revint en mémoire. Quelques siècles plus tôt, les Hommes des pays dits « développés » abandonnèrent les campagnes et les petites villes pour grossirent les mégalopoles déjà existantes. Pour la toute première fois, l’exode urbain de cette période sonna la fin de la décentralisation et des campagnes comme nos sociétés les avaient connues. Cet exode urbain sonna également le début de l’ère de la dématérialisation et de la biomécanique comme l’appelèrent les historiens. Pour moi c’était plutôt le début de l’ère du grand n’importe quoi. Perte des repères, perte des valeurs, perte du sens premier de la justice. L’égoïsme humain s’en retrouva exacerbé et le monde commença à courir à sa perte. Dans un premier temps des voix s’élevèrent contre ce mode de vie absurde, mais elles se firent de plus en plus rare, et bientôt les dernières personnes qui osaient encore s’élever contre les institutions étaient prises pour des hérétiques et jetés hors des Cités. Voilà comment l’Homme procéda à la plus grande épuration de son espèce. 

Après cet exode urbain, et cette purge sans précédent la végétation reprit le dessus sur ce qu’avaient laissé les Hommes derrière eux. Des légendes urbaines racontaient que de nouvelles formes de vie s’étaient développées, des organismes vivants issus des déchets radioactifs, dotés d’intelligence supérieure. Bien sûr ce n’étaient que des légendes. Mais notre société paranoïaque était arrivée à un niveau de paroxysme tel que les gens voyaient le mal dans la moindre forme de vie. Notre société était fondée sur la peur, la méfiance et la délation. C’était ma vision des choses, et il n’était pas bien venu d’en parler ouvertement. 

Cette forêt était telle qu’on me l’a souvent décrite. Sombre et dense. Le sol meuble s’affaissait sous nos pieds et étouffait le son de notre progression. Ce n’était pas tant la forêt en elle-même qui me faisait peur, mais il y avait longtemps que je ne m’étais pas autant éloignée de La Cité et cela n’avait rien de rassurant. 

Nous parcourûmes des dizaines de kilomètres sans nous arrêter. Je n’en pouvais plus, j’avais les jambes lourdes, et la tête me tournait dangereusement. Je n’étais pas habituée aux longues marches harassantes. Néanmoins je n’avais pas l’intention de me plaindre, et je continuai à suivre mon étrange collègue, ne m’appliquant plus qu’à poser un pied devant l’autre, comme une automate.

Toujours la même série !

mardi 6 novembre 2012

Destins croisés - Episode 9


J’eus du mal à m’éveiller, mon esprit voulait rester dans cette douce torpeur qui m’enveloppait, mais mon corps ressentait le besoin de s’animer. En ouvrant les yeux, je jetai un regard hagard autour de moi ; mes cils avaient du mal à se décoller, et je battis des paupières plusieurs fois avant de retrouver une vision nette. J’étais dans mon lit, et alors que les souvenirs de la veille remontaient en moi, une douleur aiguë transperça mon épaule. J’y portais une main et sentis un bandage solidement attaché. Je n’avais donc pas rêvé. 


Tournant la tête sur le coté, je me rendis enfin compte de la présence d’Erick dans la chambre. Il s’était assoupi dans le petit fauteuil blanc qui meublait un coin de la pièce, comme surpris par le sommeil qui l’avait emporté. Sur ses genoux était disposé le livre rouge ; une de ses mains tenait fermement la couverture patinée par le temps. Il donnait l’impression de protéger une vieille relique au prix inestimable. Il avait dû veiller tard dans la nuit, car ses traits étaient tirés et il avait le teint blafard. Je décidai donc de le laisser là et repoussai mes couvertures. J’avais gardé mon jean et mes chaussettes, mais je n’avais plus mon T-shirt noir. Honteuse en pensant qu’Erick m’avait déshabillée j’attrapai une chemise dans la commode et l’enfilai rapidement. Toujours sans faire de bruit je quittai la chambre pour rejoindre la cuisine et mis la cafetière en route. J’écartais ma chemise et le bandage de mon épaule pour observer la plaie. Elle avait déjà cicatrisé en surface, mais je sentais qu’en dessous les chairs n’étaient pas entièrement refermées. J’enlevai donc le bandage pour le jeter. Il me gênait plus qu’autre chose. 

Je soupirai, quelle nuit étrange… Mon regard se perdit par la fenêtre. L’aube pointait à l’horizon entre les deux grands immeubles de la Tour des Emissions et de l’Empire Economique, pour répandre une lueur verdâtre dans les rues. Le flot de voiture grossissait lentement, et quelques passants couraient d’une voie à l’autre sous la brume de la pollution. Je n’avais jamais aimé cette Cité, tout y transpirait le stress, l’aigreur de la vie, et les effluves âcres que rejetaient les innombrables bouches d’égout. Comment avait-on pu en arriver là ? 

Du bruit derrière moi dissipa mes pensées. Erick se tenait sur le seuil de la cuisine, l’air abruti par le manque de sommeil, ses yeux bouffis étaient injectés de sang et ses cheveux ressemblaient à un champ de bataille ravagé. Il n’avait pas dû dormir plus de deux heures. 

- Tu veux du café ? lui demandai-je en tendant une tasse fumante vers lui. 

Il entra d’un pas lourd, prit la tasse et s’assit à la petite table en résine. 

- Merci. 

Il but une gorgée en silence et son regard s’égara dans le liquide noirâtre. Lorsque sa voix s’éleva ce fût d’un ton déterminé. 

- Nous ne pouvons pas rester ici. 
- Mais… 
- Eléonaure ! me coupa-t-il sèchement. Nous ne pouvons pas rester, nous devons partir. Cardanas a réussi une nouvelle fois à envoyer un de ses sbires ici. Il ne fait plus aucun doute qu’il a établi un lien permanent entre mon monde et celui-là. Le sceau n’a pas été brisé cette nuit. Il enverra d’autres soldats, et tant qu’il ne t’aura pas tuée il en sera toujours ainsi. Tu n’es plus en sécurité chez toi. 

- Ce n’est pas possible de créer des trous dans l’espace et les mondes parallèles n’existent pas, rétorquai-je butée. 

Furieux Erick se leva d’un bond et m’attrapa violemment par l’épaule. Il enfonça ses doigts dans ma chair et rouvrit la plaie qui commençait juste à cicatriser. 

- Tu me fais mal, arrête. 

J’essayai de le repousser mais il raffermit encore plus sa prise. 

- Et ça ce n’est pas réel peut-être ? cracha-t-il. 
- Si, soufflai-je. 

Il me lâcha enfin et reprit sa place devant sa tasse de café. 

- Alors le reste est réel aussi, reprit-il. Nous devons partir aujourd’hui avant qu’ils ne reviennent. 
- Je ne peux pas tout abandonner comme ça. Ce n’est pas possible. 
- Je l’ai fait il y a des années, tu devrais pouvoir y arriver si tu tiens vraiment à ta vie. 

Je hochai la tête et repartis en direction de la chambre. 

Quelques instants plus tard, nous nous tenions sur le seuil de mon appartement. Je jetai un dernier coup d’œil sur ce qu’avait été, l’espace d’un court instant, un foyer, avant de fermer la porte, définitivement. Je n’avais pas de regret, car en réalité rien ne me rattachait vraiment à cette Cité, même si un goût amer me montait à la bouche. Une fois à bord de la voiture, je demandai à Erick où il voulait aller. Je marchais comme dans un rêve. Il mentionna le nom d’une forêt éloignée de la Cité ; personne n’y avait mis les pieds depuis des décennies, cet endroit était revenu à l’état sauvage et la présence humaine n’était plus tolérée. Erick le savait pertinemment et pourtant il maintint son choix. A contre cœur j’indiquai la direction à suivre et le véhicule se mit en route. Le ciel commençait à se couvrir et de grosses gouttes s’écrasèrent sur le pare-brise.

En ce moment c'est ma période "Templier"... ^^

samedi 6 octobre 2012

Destins croisés - Episode 8



Une violente douleur me sortit de mes rêves incertains. Mon épaule droite me lançait vivement. Une nouvelle vague de douleur finit par me réveiller totalement, et les lambeaux de sommeil qui s’accrochait à mon esprit s’évanouirent. Prenant conscience de mon environnement, je distinguai nettement une épaisse silhouette penchée sur moi. La première idée qui me vint à l’esprit fût qu’elle ressemblait vaguement à Joastin. La silhouette tenait une épée entre ses deux mains, semblable à celle du colosse que j’avais tué, et elle était fichée dans mon épaule. Je criai de d’effroie et me débattis avec force ce qui ne fît qu’accentuer la douleur. J’avais l’impression qu’on découpait mes chairs avec une lame de feu. Mon assaillant me prit par la gorge d’une seule main et écrasa ma trachée pour faire taire mon cri. Paniquée à l’idée de ne plus pouvoir respirer, j’agitai mes jambes dans tous les sens, tentant vaguement et vainement de frapper l’homme qui me tenait à sa merci. J’allais mourir, ici, chez moi, pour une histoire que j’aurais mieux fait de croire. 

Je pensais ma dernière heure arrivée quand la lumière s’alluma. Erick avait déboulé dans la chambre et prononçait quelques mots étranges en tendant une main vers mon assaillant. Un rayon lumineux en sortit et enveloppa la tête du molosse. Celui-ci lâcha son épée et tenta d’enlever les fils d’or qui entouraient son visage. Il réagissait comme si cela le brûlait et il ne réussit pas à se dégager. Son autre main n’avait toujours pas lâché ma gorge et je n’avais plus aucune force pour me débattre. L’homme, ne trouvant toujours aucune solution, empoigna à nouveau son épée, prononça deux mots et disparût sans aucune cérémonie, me libérant de son emprise. 

Je pus enfin respirer et l’air s’engouffra si vite dans mes poumons que je fus prise d’étranglement. Erick se précipita auprès de moi et me redressa alors que j’étais secouée de violents spasmes. Je n’eus pas la force de crier quand sa main toucha mon épaule. Erick me pressa contre lui et m’entoura de ses bras puissants. Comme si le moment était bien approprié, je remarquai qu’il n’avait plus de bandage et qu’il n’avait plus l’air de saigner. Je frissonnai encore des pieds à la tête lorsqu’il murmura : 

- Je te l’avais dit … 

Il me serra un peu plus fort contre lui et passa une main sur mon épaule déchiquetée. Une vague de chaleur déferla en moi et j’eus la sensation que les chairs malmenées se raccommodaient lentement. La vague de chaleur gagna mon esprit, et ma tête roula en arrière. 

- Dors maintenant. Je veille sur toi, murmura Erick. 

Ce furent les dernières paroles que j’entendis avant de sombrer dans un sommeil sans rêves ni cauchemars. 

***

Je continue sur ma lancée...

dimanche 16 septembre 2012

Destins croisés - Episode 7



Je regardais toujours Erick. Ses cheveux brins en bataille étaient épais et une mèche rebelle tombait sur ses yeux d’un bleu profond, qui exprimaient toute la gravité de la situation par leur seul éclat. Un nez aquilin surplombait une bouche bien faite et ses joues étaient rasées de près. Il était grand, bien proportionné, et puissamment musclé comme je l’avais constaté plus tôt. C’était un bel homme même s’il n’avait rien d’extraordinaire. 

- Bon, repris-je, brisant le silence pesant qui s’était installé entre nous. Admettons que tout ceci soit vrai. Qu’as-tu fait pour qu’on veuille ta mort ? Qui sont ceux qui te poursuivent et quel est cet homme qui s’est évaporé je ne sais où ? 
- Je suis ce qu’on appelle un templier. Je maîtrise la magie pour la mettre au service des plus démunis. Je suis le dernier homme libre de mon Ordre, et cette liberté a un coût ; la fuite. 

Qu’est-ce que c’était encore cette histoire de templier et de magie ? 

- Bon ok. Tu es un templier et le dernier en liberté. Quel est le rapport avec ce qui vient de se passer ? 
- Tous les templiers ont été pourchassé et asservis sous les ordres de Cardanas, poursuivit Erick en ignorant ma question. Dans un premier temps, il réussit à convaincre quelques templier, haut placés dans l’Ordre, de se joindre à sa cause. Ensuite, il tenta les plus faibles d’entre nous en leur promettant richesse, pouvoir et prospérité sur des générations. Puis, il allia les premiers pour vaincre les plus résistants d’entre nous. Ce fut un véritable massacre. Certains périrent dans d’atroces souffrances, d’autres furent brisés et asservis. Nous avons été très peu à réchapper de cette éradication. Ceux qui restèrent furent pourchassés comme des assassins. Sans cesse obligés de fuir, certains finirent par céder. Soit par cupidité, soit par désespoir. Il y a maintenant trois ans que le dernier compagnon qui fuyait à mes cotés fut rattrapé par les sbires de Cardanas. Jusqu’au bout il aura vaillamment lutté, ajouta-t-il avec émotion. Je n’avais plus le choix, courir le pays n’était plus une solution, il fallait que je fuie davantage et c’est ici que je suis venu. 

J’avais du mal à avaler ses salades, mais je jouai le jeu, prête à voir jusqu’où il irait dans ses histoires à dormir debout. 

- J’ai dû louper un chapitre quelque part, mais comment passe-t-on de ton monde au mien ? Dans un claquement de doigt ? demandai-je avec sarcasme. 

Erick répondit sans relever ma remarque acerbe. 

- Grâce à la magie. Par moment, certains endroits sont fortement liés l’un à l’autre, au delà les univers. On appelle cela un trou dans l’espace. Ce sont comme des portails qui s’ouvrent pour faire le pont entre deux univers. Ils peuvent prendre des formes très différentes. Ils peuvent être objets, minéraux, végétaux, mais jamais animaux ni humain, du moins en théorie, mais peu importe, dit-il en balayant l’air de la main. Dans le cas présent, le livre que tu as trouvé chez moi est un portail en direction de mon monde. Et je ne sais pas encore comment, mais visiblement Cardanas a trouvé un moyen d’établir un lien permanent qui lui permet d’envoyer sa garde rapprochée à n’importe quel moment et n’importe où… La première attaque a eu lieu deux jours plus tôt alors que je rentrais du travail, ajouta-t-il plus pour lui-même que pour moi. 

Je réfléchis à toute vitesse, essayant de trouver un élément incohérent à son récit. 

- Si le lien entre ton monde et celui-ci se fait à travers le livre, comment expliques tu que l’homme que j’ai tué soit apparu près de toi, dans la rue, et pas dans ton appartement, près du portail ? 

Erick haussa les épaules. 

- Je me pose la même question, et je n’ai pas réponse à tout. J’espère pouvoir élucider ce mystère avant que cela ne prenne des proportions trop dramatiques. Je ne comprends pas encore quel procédé utilise Cardanas pour envoyer ses hommes ici, tout ce que je sais c’est que j’avais posé un sceau sur le livre pour verrouiller le passage, et qu’en revenant ici le livre n’était plus à sa place, et le sceau brisé. 

J’avais bel et bien touché au livre oui, mais je n’avais rien remarqué de particulier dessus, et il ne me semblait pas qu’il ait changé tandis que je le manipulais avec soin. Et puis en toute logique, l’attaque avait eu lieu avant que je vienne fouiller dans son appartement ; le sceau avait donc déjà disparu à ce moment là. Voilà que je me mettais à raisonner comme si toute cette histoire était vraie. 

- Rien ne t’oblige à me croire, mais tu voulais la vérité ; la voilà, dit-il devant mon scepticisme. 

Je fis une moue dubitative. 

- Et qu’est devenue l’espèce de molosse à la grosse épée ? Je ne l’ai pourtant pas inventé, ma chemise est encore pleine de sang, ajoutai-je en repensant au torchon imbibé que j’avais jeté dans la baignoire. 

Erick m’observa un moment avec un léger froncement de sourcils. 

- Non, tu ne l’as pas inventé, en effet. Il s’appelait Joastin, fût un temps il était templier tout comme moi, mais c’était également l’un des plus faibles de notre ordre. Il a été l’un des premiers à céder devant l’attrait du pouvoir. Son âme repose aux Enfers désormais, et son corps s’est évaporé pour rejoindre la matière de son monde d’origine. Les choses reprennent leur cours. 
- Je suis désolée Erick. Je n’arrive pas à croire à toute cette histoire tirée par les cheveux. Ça ne peut pas… ce n’est pas ainsi que vont les choses. Pour moi tu n’es qu’un collègue de travail à qui il manque une case. 

Erick s’esclaffa et se leva pour se planter devant moi. 

- Je te remercie pour ta franchise. Mais le collègue à qui il manque une case n’a pas besoin que tu le crois. Je te mets juste en garde contre les dangers que tu cours à présent. Cardanas a forcément vu ton visage à travers l’esprit de Joastin, et crois-moi il ne t’oubliera pas, il essayera de te retrouver et il te tuera. Ce ne serait qu’un échange de bons procédés pour lui ; tu as tué l’un de ses soldats, ce ne serait que justice que tu meurs à ton tour. 

Je frissonnai devant de telles paroles froides. Dans quel monde vivait-il donc ? Comment pouvait-on être dérangé à ce point et paraître si sain d’esprit ? Je n’étais pas forcément un exemple en la matière, mais il y avait des limites à tout. 

- Bien, maintenant que je sais tout et que ta blessure est bandée, tu peux partir, comme promis. 
- Ho non, après ce qu’il vient de se passer, il n’est pas question que je te laisse seule ici. Si je pars, Cardanas aura la voie dégagée pour te supprimer. 
- Qu’est-ce que ça peut te faire ? répliquai-je cinglante. Je ne suis rien pour toi, juste une femme d’un autre monde qui n’a rien à voir avec toi, une étrangère. Alors tu peux t’en aller et si un second Joastin pointe le bout de son nez ici, j’en fais mon affaire. 

Erick ria aux éclats et déclara qu’il n’avait aucun doute là-dessus. 

- Il n’empêche que je me sens responsable de toi maintenant, et je ne bougerai pas d’ici tant que tu ne seras pas prête à me suivre. 

Je le toisai du regard. Sa décision semblait le contrarier, mais il n’en était pas moins déterminé. 

- Je n’ai besoin de personne et tu n’es pas responsable de moi. 
- Soit, déclara-t-il en haussant les épaules. Je ne bougerai pas d’ici à moins que tu ne me menaces avec ton couteau. 

La plaisanterie ne me fit pas rire. Furieuse de ne pas avoir eu le dernier mot je m’isolai dans la cuisine pour préparer quelque chose à manger ; il était 16 heures et mon estomac criait famine après s’être lamentablement vidé dans les toilettes. J’avais quelques restes de ratatouille préparée la veille, et du blanc de poulet, que je fis revenir dans un wok. Cela suffirait bien pour nous deux. Erick me rejoignit dans la cuisine lorsque le repas fût prêt, et nous mangeâmes en silence. Je contemplai d’un regard neuf mon collègue de travail. Et si c’était vrai ? Après tout, quel intérêt avait-il à inventer une telle histoire ? Je ne lui avais jamais connu d’ami, ni même de fiancée, et la fouille de son appartement m’avait confirmé la chose. Personne ne venait le voir au travail, même ses collègues l’ignoraient royalement. Moi-même je ne lui avais porté qu’un intérêt modéré jusqu’à aujourd’hui. 

Je fis la vaisselle en silence et m’enfermai dans ma chambre. Erick se débrouillerait seul s’il voulait rester ici. Je mis un peu de musique pour méditer et m’allongeai sur le lit. Si je n’étais pas virée du travail j’aurais de la chance. Je pourrai toujours prétexter cette fameuse migraine fulgurante, mais les hordes de caméra qui envahissaient tous les lieux publics n’auront pas oublié mon passage chez Albert, et après une petite enquête de routine on retracera tôt ou tard mon parcours, et on remontera jusqu’à Joastin, et mon acte barbare. Fatalement. Alors je serais de nouveau fichée, une enquête spéciale serait ouverte à mon sujet, et ma vie entière sera passée au crible par les loupes des experts en tous genres. Je n’aurais plus aucuns secrets, et de vieux souvenirs reviendraient au grand jour… sauf si… Non, inutile d’y penser, ce serait pure folie. 

Sur ces pensées chaotiques je me sentis plonger dans les limbes embrumés du sommeil, et j’y glissais avec ivresse, persuadée que demain tout reviendrait à la normal.

***

Cela faisait longtemps que je n'avais pas dessiné sur papier, et ce n'est pas désagréable ! C'est brut de décoffrage comme on dit, mais peut-être que je ferais des retouches sur photoshop plus tard.

Ha et pour infos, pour ceux qui n'avait pas reconnu le dessin, c'est tiré des Forêts d'Opales, d'Arleston et Pellet. J'aime beaucoup l'univers et les dessins de cette série !